L’Institut des métiers de l’artisanat (Ima) était ouvert samedi 3 février. D’habitude, les jeunes boulangers de Villiers-le-Bel n’ont pas cours le samedi mais des stagiaires étaient pourtant aux fourneaux pour préparer baguettes, miches, croissants, pains au chocolat et autres viennoiseries.
Dans cette classe un peu spéciale, les apprentis n’ont pas 16, 18 ou 20 ans mais plutôt 28, 40 ou encore 57. Bénéficiaires du RMI (Revenu minimum d’insertion), ils sont quinze à suivre une formation en alternance mise en place par la Chambre de métiers et de l’artisanat et financée entièrement par le Conseil général du Val-d’Oise qui les conduira à passer un CAP en juin prochain. Pour tous ces Valdoisiens, le métier de boulanger est une reconversion.


« Ici, je m’éclate »

Ancien déménageur, Sofiane Bouzaiani, Gargeois de 29 ans aux yeux clairs, a opté pour la boulangerie parce qu’il trouvait son précédent métier « trop fatigant » et que « de nos jours, il vaut mieux être artisan ». C’est surtout parce qu’avec son frère Hatem, 32 ans, qui suit la même formation, il souhaite créer sa propre entreprise. « Moi aussi, j’ai fait du déménagement et après quatre ans là-dedans, je trouve que j’ai assez donné. Je recherche quelque chose de plus concret », confirme l’aîné qui a pour principaux hobbies le dessin et la peinture et souhaiterait faire une école d’art en parallèle. Comme ses deux camarades, Mina El Ouardi, 28 ans, a préféré quitter son ancien job où elle était « sous-payée ». « J’étais auxiliaire de vie sociale et je m’occupais de personnes âgées. Le métier était trop ingrat et pas assez valorisé. Nous n’étions pas assez pour tout faire », confie cette jeune goussainvilloise qui semble toujours avoir le sourire. « Depuis que je suis ici, je m’éclate, ajoute-t-elle. Les cours sont vraiment biens et on a un super prof. »

Abdelnacer Dahmani n’a quant à lui pas eu le choix. Cet ancien météorologue de 57 ans a dû quitter l’Algérie, son pays natal, en 1994, du fait des pressions exercées sur les démocrates. En France, il a pas mal galéré, travaillant sur les marchés avant d’intégrer l’Ima. « J’ai découvert l’existence de la formation en lisant une brochure de la Caf (Caisses d’allocations familiales). J’ai toujours aimé ce métier. Quand j’étais petit, je me souviens que j’allais souvent à la boulangerie que tenait mon cousin », explique ce Gargeois aux yeux noirs et à la barbe grise qui travaille au magasin Carrefour de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

« Il faut être très motivé »

Pour les anciens stagiaires, à l’image de Pascal Caffin, 47 ans, la formation est bénéfique. Cet ancien chauffeur poids lourds s’était retrouvé sans emploi après un accident de la route qui l’a handicapé à la main. « Ici, c’est super. J’ai appris le BA-ba du métier et je me suis perfectionné sur le tas », précise cet habitant de Goussainville qui depuis a trouvé un emploi en CDI dans une entreprise de boulangerie industrielle. Kouadri Ouajdane, 40 ans, également de la promotion 2004-2005 est un peu plus mitigée : « A la fin de la formation, je n’ai pas trouvé de travail. Les employeurs ne voulaient pas d’une femme de mon âge ».

Néanmoins, pour tous ces stagiaires, ce n’est pas tous les jours facile, surtout financièrement. « Heureusement que je vis chez mes parents, sinon ce ne serait pas possible », confie Sofiane. « Ils ont beaucoup de courage. Quand on ne touche pas un véritable salaire, il faut vraiment être très motivé », affirme leur professeur Christophe Liaunet, 35 ans.

Que les stagiaires de l’Ima continuent à faire preuve de patience. Dans quelques mois, ils devraient obtenir leur CAP et ensuite trouver facilement du travail dans un secteur où, selon les professionnels, l’offre d’emplois est plus forte que la demande.

Ludovic LUPPINO
L’ECHO-REGIONAL