Auteur d’un exploit en passant avec 290 voix d’écarts, Yanick Paternotte se revendique comme le député du pôle de Roissy.


 Au Thillay son état major était particulièrement crispé en cette fin de soirée électorale. Dans l’attente des derniers chiffres de Gonesse, bastion du député sortant Jean-Pierre Blazy. Ailleur le maire de Gonesse était devancé. L’équipe de campagne était suspendue au décompte final. A 22 h 20, le maire de Vemars annonce 292 voix d’avance au profit du candidat de droite. Chiffre qui se confirmait 10 minutes plus tard lorsqu’un des militants hurlait « Victoire », provoquant une frénésie dans la salle ou quelques 200 militants s’étaient regroupés.
Sylvie Paternotte déjà là, remplaçait ses larmes de stress par celles de joie. Les embrassades et accolades font bientôt place à l’improvisation pour l’accueil du vainqueur.
Yanick Paternotte a passé les derniers moments du second tour en compagnie d’Antoine Casula, maire de Goussainville. Dans cette même ville ou samedi, l’équipe 3 de l’Entente Sannois/Saint-Gratien a gagné la Coupe du Val-d’Oise. « L’Entente s’est imposée dans la 9e (circonscription). Un prémice à un succès à venir », dira-t-il souriant, plus tard.

Une haie d’honneur l’accueille

Il n’est arrivé à sa permanence qu’à 23 heures. Son entrée dans la salle se fait par une haie d’honneur. Tel un vainqueur de retour du champ de bataille. Une Marseillaise entonnée par la salle, ouvre sa soirée de victoire. Ils chantent tous, comme ses deux plus jeunes filles, belles et blotties contre lui. Puis vient le moment de son allocution. Le ton grave et sérieux, il s’adresse à ses militants. « Mais premières pensées iront à mes enfants et mon épouse. Les secondes à ces maires qui m’ont proposé, il y a plus d’un an, d’engager cette folie, qui était d’aller battre le député à l’Est », reprenant à ce moment, les propos de Whiston Churchill :
« C’était impossible, ils ne le savaient pas alors ils l’ont fait. » Lançant aussitôt un appel à une nouvelle mobilisation : « Le travail n’est pas fini, il faut faire du neuf dans la circonscription. Il faut que le projet se concrétise en mars prochain lors des municipales », ajoutait-il comme pour planter le décor d’une campagne qui va se poursuivre au-delà de celle gagnée dimanche. « Je vais me mettre au travail dès demain, mais je ne réussirai qu’avec vous. Car désormais l’Est du Val-d’Oise est ma circonscription, comme Sannois est ma ville. » Le député fraîchement élu poursuit alors : « Lorsqu’en mai, j’annonçais que je me lançais à la conquête de la députation dans la 9e circonscription, on me disait que j’étais fou. Eh bien justement, c’est parce que j’aime les projets fous que je me suis lancé dans cette campagne. Quand on ne prend pas ce genre de risque personnel, on ne réussit rien dans la vie. » Soudain, dans sa poche, son téléphone sonne : « Si j’étais sûr que c’était Sarkozy, je répondrais », dit-il avec humour. « Ce que je tiens surtout à vous dire, c’est que je suis fier d’être votre député. Je n’ai pas été élu pour récupérer un siège. Je veux être le député du pôle de Roissy et faire en sorte que ce territoire européen incontournable soit un territoire digne de ce qu’il représente économiquement. Je veux être utile à ce territoire. »

Incha’Allah


Tenant à marquer son attachement aux militants, il s’adresse enfin à eux, pour les remercier de leur investissement dans la campagne « Vraiment du fond du cœur, merci à vous qui m’avez fait confiance », lançant en conclusion, un Incha’Allah (“avec l’aide de Dieu ”, en arabe) à l’un d’entre eux, comme pour marquer pleinement son engagement auprès de toute la population de sa circonscription.
Son discours terminé, il se retrouve enfin plus libre.
Souriant mais réservé, il cache encore sa véritable émotion. Interrogé plus tard sur ce qu’il a pu ressentir au moment même ou il était assuré de sa victoire, il répondra : « C’est personnel, vous ne me verrez pas dévoiler ce genre de sentiment. Je suis simplement quelqu’un de très serein. » Il en dira un peu sur le mandat d’élu qu’il devra abandonner. « J’aime ma ville, donc je tiens à rester maire. » Rien non plus sur son mandat de président du CEEVO, qu’il devrait perdre aussi, s’il quitte celui de conseiller général. Il change de conversation. Sur grand écran, un film repasse la journée de vendredi de ses militants. Partis à la rencontre de Ségolène Royal à Gonesse « Regardez ces braves, ce sont eux la clef du succès. »  On lui repose une question sur la justesse de sa victoire, gagnée avec à peine 300 voix d’avance. « C’est vrai que ce fut juste. Surtout avec la remonté de la gauche. Mais ici, cela n’a pas suffi. Les habitants de l’Est sont intelligents. » Son téléphone sonne à nouveau. « C’est François Fillon. » Cette fois-ci il décroche et s’éloigne. La carrière du conseiller général maire de Sannois, vient de prendre une nouvelle tournure.

Fabrice CAHEN