Parler de la pêche aux Montreuillois ou Montreuilloises, c’est leur faire autant de plaisir qu’évoquer la pomme à Steve Jobs, le génial inventeur d’Apple. Car à Montreuil, l’Histoire (avec un grand H) se conjugue avec la culture de la pêche.
 
C’est au milieu des années 1990 que la ville de Montreuil-sur-Seine (peuplée alors de 90 680 habitants) s’est intéressée à son histoire, par un volet social.

Une histoire sociale

Les études menées par Pascal Fuchs, démographe à Montreuil, avaient montré que sa politique sociale était déficiente. En particulier, le quotient familial favorisait les foyers dans lesquels les deux parents travaillant.

Le démographe va procéder à une série de simulations, afin de déterminer une nouvelle grille de quotient, en adéquation avec la volonté municipale. Résultat : en 1997, 50 % des familles concernées voient leurs tarifs augmenter, 20 % diminuer, 30 % ne changeant pas de quotient. Son travail se poursuit par l’analyse de l’effet de cette réforme sur la consommation des ménages. Les résultats sont éloquents ; les familles qui ont vu leur quotient familial augmenter ont divisé par deux leur consommation de prestations municipales. Des prestations qui n’attirent dont plus que des enfants des ménages les plus pauvres. Montreuil réfléchit donc ensuite aux moyens d’attirer, à nouveau, les enfants des foyers les plus aisés.

À l’époque du " sous-Bois "

Vers 1930, Montreuil alors appelé Montreuil-sous-Bois avait 58 000 habitants. Son activité industrielle s’était fondée sur d’anciennes carrières à plâtre et des industries métallurgiques : fraisage, décolletage, polissage, puis les articles de ménage alimentant les quincailleries. Ainsi que les boites et bidons, les lits démontables en fer, le chaînes, ensuite les appareils électriques…

Patrie de l’architecte Pierre-de-Montreuil (auteur notamment de la Sainte Chapelle à Paris), Montreuil aujourd’hui n’en finit plus de rechercher son passé. Et notamment son passé agricole.

Passé agricole

L’origine de la culture à Montreuil remonte aux temps les plus reculés : en 1113, les religieux des abbayes de Saint Victor et Saint Antoine cultivaient déjà de grands domaines. Mais c’est la culture de la pêche, du XVIe à la fin XIXe, qui a fait la renommée de la ville.

Montreuil est située en grande partie sur une pente orientée vers le sud, procurant ainsi un bon ensoleillement. Les horticulteurs et arboriculteurs ont su en tirer profit pour créer un bioclimat favorable aux pêches de Montreuil. Ils ont construit des murs faits de " petits moellons et plâtras maçonnés avec du plâtre " qui permettent d’emmagasiner la chaleur le jour pour la restituer la nuit.

La pêche de Montreuil

La pêche de Montreuil acquit peu à peu une très grande renommée et fut servie aux tables des plus grands, dont celles de François 1er, de la reine d’Angleterre, du tzar et des princes russes entre 1815 et 1917.

Aujourd’hui l’appellation " Pêches de Montreuil " n’existe plus, mais de nombreuses variétés obtenues par des arboriculteurs montreuillois sont passées à la postérité : Tionfo liscio, Willermoz, Prince of Wales. En 1880, c’est l’apogée de la culture des pêches avec dix-sept millions de fruits produits. Après cette date, on ne construit plus de murs et la culture horticole montreuilloise décline, menacée par le développement des transports qui mettent directement Montreuil en concurrence avec les villes se tourne alors vers le travail du bois puis de la mécanique.