1.  Le père Wenceslas Munyeshyaka, prêtre coopérateur pour les paroisses de Gisors Vallée de l’Epte et du plateau d’Etrepagny, par ailleurs aumônier des Scouts de France, est sous le coup d’un mandat d’arrêt international. Il fait l’objet d’un acte d’accusation établi il y a deux ans par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) mais rendu public seulement mercredi 20 juin, a-t-on appris au siège du TPIR à Arusha (Tanzanie).

Acte d’accusation

L’acte d’accusation contre ce prêtre hutu de 49 ans est désormais public et consultable sur le site internet du tribunal. Cet acte avait été signé le 20 juillet 2005 par le procureur en chef du TPIR, Hassan Bubacar Jallow, et placé jusqu’ici sous scellé.

Le TPIR n’a fourni aucune explication sur les raisons pour lesquelles cet acte d’accusation a été rendu public cette semaine.
Selon ce document, l’ancien vicaire de la paroisse de la Sainte-Famille, à Kigali, est accusé de génocide, viol, assassinat et extermination.

“Génocide, viol,  assassinat  et extermination”

Outre des assassinats qui auraient été commis sous ses ordres, il est accusé d’avoir tué trois jeunes tutsis en avril 1994 dans la paroisse.

L’acte d’accusation affirme également qu’il a violé, entre avril et juin 1994, quatre filles tutsies au presbytère de cette paroisse et a aidé et encouragé des Interahamwe (miliciens extrémistes hutus) à commettre des viols.

" À diverses dates entre le 8 avril et le 20 juin 1994, à la paroisse Sainte-Famille, le père Wenceslas Munyeshyaka a formé le dessein de violer des femmes tutsies et en a effectivement violé, dans l’intention de détruire en tout ou en partie un groupe racial ou ethnique ", affirme notamment le procureur dans l’acte d’accusation. Toujours selon le procureur du Tribunal pénal international, le père Wenceslas Munyeshyaka " a désigné plusieurs civils tutsis qui ont été enlevés et tués en exécution d’une entreprise criminelle commune à laquelle il était partie ".

Condamné par contumace

L’abbé Munyeshyaka a été condamné en novembre 2006 par contumace à la prison à vie par un tribunal militaire rwandais après avoir été déclaré coupable de viols en 1994 dans sa paroisse et d’avoir aidé des milices qui ont tué des Tutsis.
Il est le quatrième prêtre catholique rwandais mis en accusation par le TPIR. Le rôle de l’Église, et notamment de l’Église catholique, dans le génocide de 1994 suscite de vives polémiques.

Le rôle de l’Eglise

L’acte d’accusation contre le prêtre de Gisors a été rendu public en même temps que celui concernant l’ancien préfet de Gikongoro (sud du Rwanda), Laurent Bucyibaruta, également réfugié en France.

M. Bucyibaruta est poursuivi pour incitation directe et publique à commettre le génocide, génocide, complicité de génocide, extermination, assassinat et viols. Il est accusé d’avoir ordonné des massacres de Tutsis dans différents lieux de sa préfecture.

Le TPIR est chargé de rechercher et juger les principaux responsables présumés du génocide de 1994 au Rwanda, qui a fait, selon l’ONU, environ 800 000 morts, parmi la minorité tutsie et les Hutus modérés.

Un autre procès

Par ailleurs s’est ouvert à Arusha le procès de Tharcisse Renzaho, ancien préfet de Kigali, incidemment accusé de complicité des crimes commis dans l’église de la Sainte-Famille.

Renzaho est jugé devant le TPIR depuis le 8 janvier dernier.  La chambre est composée des juges Érik Mose (Norvège), assisté des juges Serguei Egorov (Russie) et Rita Arrey (Cameroun).

François MOLYNEUX