Depuis presque trois ans que Khalfa habite dans un deux pièces au 96 Grande-Rue à Mériel, elle n’a pris qu’une douche chaude. À 33 ans, cette jeune maman et son mari n’en peuvent plus de vivre dans de pareilles conditions. « Depuis le début de la semaine, on nous a coupé l’eau. Et alors qu’il commence à faire froid dehors, cela fait plus d’un an qu’il n’y a plus de chauffage », raconte-t-elle désabusée. Agacé de payer ses loyers alors qu’ils n’ont plus d’eau et plus de gaz pour se chauffer, le couple a décidé de partir, samedi dernier.


Jusqu’à – 3°C dans les appartements
La situation ne date pas d’hier. En 2006, six familles du 96 et 98 Grande-Rue vivaient ainsi, dans une maison de ville à la façade pourtant tout juste refaite. Mais depuis, les locataires partent les uns après les autres. Aujourd’hui il ne reste que deux couples et leurs enfants dans l’immeuble. « Notre calvaire a commencé il y a tout juste un an, raconte Catherine, une locataire. Un matin nous nous sommes réveillés dans le froid. Les radiateurs étaient gelés. C’était la même chose chez les voisins. Il a fait jusqu’à – 3°  dans l’appartement. Nos huit perruches sont mortes gelées dans leurs cages ». Et pour cause : EDF-GDF a coupé le gaz car le propriétaire ne payait plus ses factures depuis des mois déjà.

Les hivers précédents, les locataires ont déjà eu des coupures de gaz, mais jamais aussi longtemps. Depuis un an maintenant, Catherine, son mari Najib et leur fils de 25 ans vivent dans le froid. « On ne comprend pas pourquoi le propriétaire ne paie pas les factures. Nous avons jusque-là payé nos loyers, 609 euros charges comprises. Et pourtant… Du coup, nous avons décidé de ne plus le payer jusqu’à ce que tout rentre dans l’ordre », poursuit cette ancienne ouvrière à la chaîne.

« Comme des SDF »
Alors pour tenter de chauffer un peu son logement, Catherine a investi dans un poêle à pétrole et un petit chauffage électrique qui ne suffisent pas. « Dès que j’allume le poêle, une odeur se dégage et nous sommes incommodés. On ne sait plus comment faire. Les fenêtres sont complètement ravagées par l’humidité, la peinture s’écaille partout. On ne peut rien faire. Le petit chauffage d’appoint ne suffit pas et le problème c’est que si on le met trop longtemps on ne peut plus respirer. En plus, mon fils est asthmatique », poursuit la Mérielloise.

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, à l’image de sa voisine Khalfa, Catherine a dû se débrouiller sans eau durant quatre jours. « L’eau a été coupée lundi. Heureusement, la mairie nous a fait venir une citerne d’eau, on a pu remplir des dizaines de bouteilles pour tenter de se laver et faire la vaisselle. On fait chauffer quelques litres dans des casseroles comme les SDF, mais c’est difficile de vivre dans de telles conditions ».

Mais Najib et Catherine refusent de se résigner. Ils ont, une fois encore, tenté de faire réagir leur propriétaire. « On a réussi à faire bouger un peu les choses. Apparemment le propriétaire a été obligé de verser de l’argent et l’eau nous a été remise le 13 octobre ». De l’eau, oui, mais toujours froide car elle n’est pas chauffée par la chaudière, hors service depuis des mois.


Espoir
Derrière ces locataires, le maire de Mériel, Michel Rigolet, est presque impuissant. « Je surveille ce dossier jour après jour, mais il est difficile pour moi de faire avancer les choses. C’est une affaire privée entre ces locataires et un marchand de sommeil peu scrupuleux. Je lui ai adressé deux courriers recommandés lui rappelant ses obligations et ses responsabilités. Bien sûr, je n’ai pas eu de réponse. J’encourage encore une fois les locataires à porter plainte, c’est nécessaire qu’ils défendent leurs droits. J’ai également insisté pour que le propriétaire prenne rendez-vous avec Véolia pour qu’ils puissent convenir de réparations des canalisations. Elles fuient et cela provoque une consommation incroyable que le propriétaire refuse de payer », explique l’édile.

De son côté, le propriétaire que nous avons réussi à joindre, se défend. « Concernant la coupure de gaz, les choses sont claires. Il a été décidé de ne plus chauffer les appartements avec une chaudières. Il sera installé des radiateurs électriques seulement lorsque les locataires payeront leurs loyers. L’eau a été coupé parce que nous avons confié la réception des loyers à un huissier qui a vendu son étude il y a quelques temps. Mais il y a eu quelques problèmes de gestion depuis, c’est pour cela que les factures n’ont pas été payé à Véolia. Mais je tiens à dire que l’an passé, la facture pour seulement quelques locataires s’élevait à 40 000 euros. Certains laissaient ouvert leur robinet délibérément ».  La situation semble loin de s’arranger…

Nicolas BRIARD, L’Écho le Régional