Dans la petite salle Max-Pol-Fouchet du centre Picasso, les jeunes se bousculent pour venir écouter les slameurs et tenter une « performance ». Autour, des  dizaines de cartons entassés et transformés en œuvres d’art. C’est le concept de la troisième édition des « Articulteurs ».

Décor urbain

« Avant, lors des premières expositions, chacun faisait un peu ce qu’il voulait, explique Enrique, membre de l’association et responsable de la logistique. Nous voulions transformer l’endroit en laboratoire d’idées. Car les artistes travaillent souvent seuls, ils parlent peu d’art avec leurs amis. Ici, l’échange est possible, poursuit-il. Le dialogue est franc, mais pour travailler sérieusement, nous voulions une unité. »
L’année dernière, des artistes s’étaient servis de cartons pour réaliser leurs œuvres et l’idée a fait son chemin. « On a choisi le carton comme thème cette année, parce que c’est un matériau qui ne coûte pas cher. Ici tout a été récupéré, de la déco aux chaises », souligne Enrique.
17 artistes ont participé cette année à l’exposition. Mais Vendredi 2 novembre, si la décoration créait une ambiance intime, les vraies « stars » se trouvaient au centre de la pièce.
C’est Génération H2O qui a décidé d’organiser une soirée slam. Au départ, l’association de Montigny a pour but de réintégrer des jeunes dans le système scolaire par différents moyens, comme l’organisation de tournois de football interquartiers. Avec le slam, Génération H2O et ses 300 membres ont trouvé le moyen de libérer les paroles et de créer du lien social entre les jeunes du quartier.

Libérer la parole

C’est la seconde fois qu’une soirée slam est organisée. Pour la première, il y avait peu de slameurs. « C’était un peu déstructuré l’année dernière », concède Gus, le « maître de cérémonie » de la soirée slam. Mais cette année, le pari est largement remporté. Pendant toute la soirée, une dizaine de slameurs se sont succédé, dont trois filles. Deux guitaristes étaient là pour accompagner les « poètes ». Dans une ambiance chaleureuse, une soixantaine de personnes assiste au spectacle… avec un très jeune talent : Florian, 11 ans fait sa première scène slam. « J’ai entendu mon frère faire du slam, j’ai eu envie d’essayer. j’avais un peu le trac, mais après le premier texte, ça va mieux. », confie-t-il. Son frère est aussi du spectacle. « J’ai découvert le slam avec Grand Corps malade, se souvient Mamat. À la base je fais de la poésie et du reggae, mais quand j’ai entendu ses chansons, j’ai eu un coup de foudre poétique pour le slam et je me suis mis à écrire ».
Et dans cet art, chacun son style. Drôles ou tristes, histoires banales ou véritables lyrismes, les thèmes sont très différents : lutte contre les préjugés racistes, politique, liberté, République, travail, amour… Avec des textes récités sans papier, chaque artiste en herbe dévoile sa personnalité et transmet un message de tolérance. « Le slameur, un poète rebelle », scande Lotfi, oui mais un poète utopique, comme le conclut une autre slameuse. « Utopie, rêve oublié, mais une lutte à mener », en dévoilant la richesse de son cœur par des textes engagés.
Marine CHAILLOUX
Echo régional du 7 novembre 2007