Voici exactement deux semaines, le 30 octobre à 13 h 55, une terrible explosion de gaz  dévastait le carrefour de la rue Jules-Guesde à Bondy, devant le café restaurant l’Étoile du Centre. Une pelleteuse l’entreprise de travaux Bourgeois venait de crever par mégarde une grosse canalisation de gaz et l’étincelle provoquée par le choc entraînait la déflagration. Un père de famille de 56 ans présent à proximité était tué sur le coup et 52 personnes plus ou moins gravement blessées.
Ce type d’accident est en principe impossible : Gaz de France doit remettre avant tout terrassement un plan de ses canalisations. En outre, un tuyau de gaz sous forte pression est en principe enterré  à au moins 80 cm. C’est la norme. Enfin, une troisième précaution s’ajoute : un grillage plastique jaune au-dessus de la canalisation, qui doit alerter toute personne en train de creuser à cet endroit.
Pourquoi ces précautions n’ont-elles pas empêché le drame de Bondy, et avaient-elles vraiment été mises en œuvre ?
C’est l’enjeu de l’enquête en cours. Et ces questions sont avivées par les révélations de notre confrère Seine-Saint-Denis Matin avec la publication des plans de Gaz de France. Sur un premier plan daté de mai 2007, la grosse canalisation posée le 9 mars est bien identifiée. Mais sur un second plan daté par GDF du 25  juillet 2007, la canalisation du 9 mars a tout simplement disparu. A peu près au même endroit, le long du café restaurant l’Étoile du Centre, est indiquée une canalisation “abandonnée”.
La nouvelle canalisation ne figurait donc pas sur tous les plans. Si l’entreprise de travaux Bourgeois se réfugie dans le mutisme sous prétexte du secret de l’enquête, GDF affirme que « un plan complet a été donné à l’entreprise et la canalisation figurait sur le plan minute fourni à l’entreprise. »
En fait, deux types de plans existent. Selon GDF, tout a été fait « dans les règles de l’art »

Les habitants du quartier, qui vivent depuis des mois dans le grand chantier de rénovation de la rue Jules-Guesde, ne sont pas convaincus que GDF s’est véritablement conformé à ses propres règles. “C’est angoissant, on veut savoir la vérité”, nous explique un passant. Selon le maire (PS), Gilbert Roger,« des réunions de chantier ont eu lieu presque chaque semaine depuis juillet et la question de la canalisation posée en mars n’a jamais été évoquée ».
 Autre élément “dérangeant” pour EDF, un compte rendu de réunion de chantier de juillet 2007. Le représentant de Gaz de France y avait reconnu que la canalisation du côté de Monoprix (en face de celle qui a explosé) se situait en fait à une profondeur de 60 cm « au lieu de 1 mètre comme était indiqué sur le plan ».
Gaz de France était tellement convaincu du danger d’une si faible profondeur qu’une plaque métallique a été posée par-dessus la canalisation pour la protéger.
Selon certains, la canalisation qui a explosé était enfouie à 50 cm seulement sous terre.

Les spécialistes devront indiquer si oui ou non l’explosion a pu déplacer vers le haut la canalisation, ce qui semble peu vraisemblable. Aujourd’hui, on  semble s’orienter vers une querelle d’experts entre la municipalité, l’entreprise Bourgeois et GDF. Un moyen pour certains de retarder l’issue judiciaire et les indemnisations. Ce qui justifie la création par les avocats du Barreau de Seine-Saint-Denis d’un collectif de défense et de conseil, afin d’assister les victimes qui ont besoin d’un soutien juridique.

Pierre JOLY
Echo Régional du 14 novembre 2007

Collectif de défense et de conseil, Maison de l’Avocat et du Droit, 11-13 rue de  l’Indépendance, 93000 Bobigny, tel 01 41 60 80 88.