Nul n’est prophète en son pays : ce vieux proverbe français ne semble pas devoir s’appliquer jusqu’à présent à Jacques Attali, « gourou » du président François Mitterrand avant de devenir un gourou d’ouverture de Nicolas Sarkozy. Cet intellectuel aussi visionnaire dans ses conseils que maladroit dans leur mise en application (sa présidence de la Bred, Banque européenne de reconstruction et de développement se révéla pour le moins chaotique), a encore fasciné récemment avec son ouvrage « Une brève histoire de l’avenir » (Ed. Fayard).

Et Attali a remis voici peu un rapport au président de la République en proposant notamment de libéraliser l’implantation des grandes surfaces afin, pronostique-t-il, de faire baisser d’environ 2 % le prix des produits de base, notamment alimentaires. Sur quelles bases de calcul ? Apparemment, rien d’autre que ses géniales intuitions.

Quelles bases de calcul ?

Chacun applaudit forcément le principe de faire baisser le prix des produits au moment où les matières premières flambent, que ce soit le pétrole, le blé et ses dérivés, le lait, mais aussi le cuivre, le plomb etc., entraînant un sérieux renchérissement du coût de la vie.

Reste à savoir si Jacques Attali ne dit pas n’importe quoi sur un sujet qui réclame quelques bases de travail scientifiques. Ou si cette agitation ne sert pas tout simplement à amuser la galerie. Car au même moment où il prophétise une baisse des prix, tout semble aller de travers.

Au président de la République élu pour que l’on puisse « gagner plus en travaillant davantage », des juges viennent encore de répondre, au nom d’une loi séculaire, en fermant les grandes surfaces ouvertes le dimanche. Dans le Val-d’Oise par exemple, après Conforama, c’est au tour d’Ikéa-Franconville, condamné à ne plus rester ouvert le dimanche sous astreinte de 150 000 euros par infraction constatée. Bonjour la dynamisation de la concurrence ! Les consommateurs du Val-d’Oise ne demandent pourtant pas la lune à leurs gouvernants : simplement le droit d’aller choisir des meubles en famille, le seul jour où toute la famille est réunie !

Cette situation est encore plus choquante pour les salariés qui travaillent le dimanche sur la base du volontariat, étudiants qui profitent du travail payé 50 % plus cher pour financer leurs études ou autres familles qui « tirent le diable par la queue ».

On aimerait que le législateur commence par revoir sa copie centenaire avant de tirer des plans sur la comète. Et ces plans méritent eux-mêmes examen. Dans le Val-d’Oise par exemple, le projet « Aéroville » d’Aéroports de Paris représente exactement ce « n’importe quoi » auquel nous invite Jacques Attali

Roissy : après les aérogares, les boutiques

Jacques Attali qui a beaucoup voyagé aux frais du contribuable, devrait nous donner son avis sur cet équipement de 100 000 m2 (dont la moitié en surfaces commerciales) qui pourrait voir le jour fin 2011 sur l’aéroport de Roissy-CDG. À l’exception du Dubaï et de sa zone franche commerciale à prix de braderie qui attire les consommateurs par charters entiers, où a-t-il vu s’implanter un hypermarché entre les pistes ? Pour quel bénéfice concurrentiel ? À quoi servirait entre Roissy et Tremblay-en-France un Auchan de 4 950 m2 auquel s’ajouteraient 28 commerces de plus de 300 m2 et 115 boutiques de moins de 300 m2 alors que dans l’aéroport même, à l’exception du dernier terminal, il faut errer longtemps pour trouver de minuscules boutiques, témoignant de l’intérêt très nouveau d’ADP pour les consommateurs.

Tuer les 3 Fontaines ?

En sens inverse, comment croire que les politiques qui nous gouvernent, aussi bien localement que nationalement, cherchent l’intérêt des consommateurs en laissant « crever » le cœur de ville de Cergy que constitue le centre commercial régional des 3 Fontaines ?
Le projet de rénovation totale du centre régional doublé d’une extension devait être examiné par la Communauté d’agglomération cette semaine. Mais à la veille des municipales, on semble avoir de nouveau reporté un dossier où le groupe Hammerson se dit (se disait ?) prêt à investir 300 millions d’euros pour 51 mois de chantier.

À Cergy ce « centre ville » est vieillissant. Normal, il a poussé au milieu des champs au début des années soixante-dix accompagnant la naissance de la « ville nouvelle ». Modernes à l’époque, les 3 Fontaines souffrent aujourd’hui difficilement la comparaison avec les nouveaux centres commerciaux plus aérés, faciles d’accès et pratiques.
Le centre des 3 Fontaines marquerait même un essoufflement si l’on en croit une étude réalisée par la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise dans le cadre de la charte du développement commercial : « Le taux de fréquentation s’effrite et a encore diminué de 1,7 % en 2005 ».

Si Jacques Attali passe dans le coin, nous lui suggérons d’aller faire deux ou trois emplettes à Auchan Cergy. Il comprendra peut-être qu’avant de décréter le Far West dans la grande distribution, il serait bon de consolider et de « muscler » ce qui existe déjà et ne demande qu’à survivre…

Jean-François DUPAQUIER
Echo Régional du 14 novembre 2007