Tout le week-end à Cergy, un grand colloque sur le handicap s’est tenu en mairie. Lors d’un atelier « Vie affective et sexualité », les personnes handicapées ont pu s’exprimer sur leurs difficultés.

Rencontrer quelqu’un, se marier, avoir des rapports sexuels ? Lorsqu’on est handicapé, ce ne sont pas des choses évidentes. Souvent les personnes handicapées souffrent d’une profonde solitude, difficile à combler malgré l’amour des parents.

Parler librement

Le week-end dernier, lors d’un colloque sur le handicap en mairie de Cergy, des sujets tabous ont pu être abordés. C’était l’occasion pour certains de partager leurs doutes, leurs angoisses, leurs expériences. Pour une fois, ils ont pu échanger sans complexe sur tous les sujets autour de la vie sentimentale. « A chaque fois que je sortais d’un colloque sur la vie affective et sexuelle des handicapés, j’étais frustrée en me disant qu’on avait tourné autour du pot », raconte Sheila Warembourg, psychomotricienne pour Handicap International.
Alors ce jour-là à Cergy, les langues se délient et les histoires personnelles sont racontées. « Cela fait trente ans que je suis divorcé, témoigne un homme en fauteuil roulant. J’ai eu une fille de cette union. Depuis mon divorce, je n’ai jamais plus touché une femme. Mes seuls amis aujourd’hui sont mon ordinateur et ma télévision ». La situation de cet homme est hélas fréquente chez les personnes handicapées. Les familles qui le plus souvent s’occupent de la personne malade ne se doutent pas que leur enfant a des désirs ou alors ne veulent pas se l’avouer. « Je vis avec mon fils qui a 34 ans, je partage avec lui les pénibles moments de solitude. Au départ ce n’est pas une chose évidente à admettre. Et puis, on milite tellement pour que nos enfants soient considérés comme des personnes normales, qu’on se dit que tout le monde a le droit à de l’affection », explique une maman.

Une vie épanouie

Certains essaient de trouver des accords entre familles pour que les enfants se rencontrent. « Mon fils est en établissement spécialisé et je sais qu’il y a une personne qui lui plaît dans son centre. Nous avons pris contact avec la famille de la jeune femme pour savoir si mon fils lui plaît. Et s’ils sont d’accord, on verra si les enfants veulent se voir. Mon fils a de grands problèmes comportementaux à cause de ce manque d’intimité. Plusieurs fois déjà il a été isolé car il était trop démonstratif », explique un père de famille vauréalien.

Un couple participe à l’atelier. Malgré l’amour qu’ils se portent, le handicap du mari pèse sur leurs relations intimes. « Nous sommes très proches et partageons beaucoup mais sur le plan des relations privées, nous rencontrons des difficultés », déplore l’époux, immobilisé dans un fauteuil.

Quelles solutions ?

Le témoignage d’une conseillère municipale de Villeneuve d’Ascq en a fait rêver plus d’un.
« J’ai une vie sentimentale très épanouie et une vie sexuelle aussi. Je ne vois pas pourquoi nous devrions rester bloqués sur nos fauteuils. Je refuse de baisser les bras, alors je prend les choses en main. Mon compagnon actuel, je l’ai rencontré sur internet. C’est peut-être l’un des moyens les plus simples pour nous. Je ne dis pas que c’est évident. Souvent on rencontre quelqu’un, on se plaît et lorsque l’on aborde le handicap, cela fait peur. Il faut alors montrer de l’assurance et expliquer qu’une vie “normale” est possible ».
Les spécialistes ont essayé de trouver des moyens de sortir les handicapés de leur solitude. « L’éducation joue beaucoup. Les enfants doivent être sensibilisés et les parents aussi doivent prendre conscience des besoins de leur enfant même handicapés. Nous tentons de mettre des choses en place, mais il faut faire attention de ne pas tomber dans la prostitution. Même si certains y trouvent la solution à leur problème… », explique Sheila Waremberg.

Agata MADENSKA
Echo Régional du 28 novembre 2007