Le décès de deux adolescents de 15 et 16 ans, tués dans une collision avec une voiture de police alors qu’ils roulaient au guidon d’une mini moto, a provoqué de violents heurts entre jeunes et policiers.

La ville de Villiers-le-Bel a été plongée dans le chaos, dimanche soir, après l’accident mortel de deux adolescents âgés de 15 et 16 ans. Il était aux alentours de 17 h 30 dimanche,  quand est survenu l’accident. Moushin et Larami, âgés de 15 et 16 ans, roulaient au guidon de leur mini moto quand ils sont rentrés en collision avec une voiture de police qui patrouillait dans le secteur.
L’impact a eu lieu à l’angle des rues des Neuf-Arpents et Louise-Michel, tout près du centre ville. Les policiers ont alors prévenu les secours et appelé une patrouille qui est venu les récupérer, pour éviter d’être pris à partie, laissant les deux jeunes adolescents sur place. à l’arrivée du SAMU, Moushin et Larami étaient décédés.

Un commissaire grièvement blessé

La situation a alors complètement dégénéré. Durant près de 6 heures, de violents heurts ont opposé les forces de l’ordre à des groupes de jeunes qui ont notamment mis le feu à vingt-huit voitures, avant de saccager deux postes de police. Visé par des cocktails Molotov, le commissariat de Villiers-le-Bel a été détruit. Celui d’Arnouville-les-Gonesse a été saccagé, tout comme la gare et le restaurant McDonald de Villiers-le-Bel. L’antenne de police a également été incendiée.
Au cours de ces échauffourées, vingt-cinq policiers et un pompier ont été blessés, selon la préfecture. Le commissaire du district de Sarcelles a été plus sérieusement touché alors qu’il tentait de parler avec les jeunes. Roué de coups, il a été transporté à l’hôpital victime d’un traumatisme facial, mais également sérieusement touché au niveau du thorax.
Les vandales ont également profité de ces échauffourées pour piller plusieurs commerces. Le concessionnaire Hyundai, qu’ils ont également incendié, mais aussi une bijouterie.
D’importants renforts ont été dépêchés sur place pour tenter de ramener le calme. Huit personnes ont été interpellées, l’une d’elles se trouvait en possession de bijoux volés.

"Ils les ont percutés et leur ont roulés dessus" 

Au lendemain du drame, les circonstances de l’accident restent très floues. La police a affirmé que la voiture impliquée dans l’accident était " en patrouille dans la circonscription de Sarcelles et roulait à vitesse réglementaire, sans gyrophare. " Alors qu’ils descendaient la rue Louise-Michel, aux alentours de 17 heures, " en traversant le carrefour elle a été heurtée par la moto sur l’aile gauche et les deux jeunes sont décédés sur place. " Une version qui écarte ainsi la thèse de la course poursuite.
La police précise également que Moushin et Larami roulaient sans casque, sur une petite moto de 80 cm3 non immatriculée et qui n’était donc pas autorisée à circuler sur la voie publique. L’inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie d’une enquête, selon une source policière.

Du côté des riverains, la version de l’accident différait totalement. " Ma voisine a tout vu. Les policiers ont percuté les jeunes par l’arrière et puis ils leur ont roulés dessus avant de s’arrêter. Après ils ont appelé des renforts et ils sont partis en laissant les deux jeunes mourir sur place. C’est non-assistance à personne en danger et délit de fuite ", s’emportait un homme d’une trentaine d’années. " Quand leurs collègues sont arrivés, ils ont tiré deux grenade lacrymogènes, car on voulait les rattraper. Les pompiers sont arrivés 10 minutes après mais c’était trop tard. Ils auraient dû s’occuper d’eux tout de suite ", continue son voisin.

 

Les jeunes quadrillent le périmètre

Sur place, la voiture de police présentait des traces d’un important impact frontal. L’avant complètement arraché, le pare-brise enfoncé, d’innombrables débris jonchaient le sol de la rue Louise-Michel : des morceaux de verre, de plastique, tandis que derrière la voiture de police se trouvait le bas de caisse arraché lors de l’impact. Il était également possible de relever des traces de sang. Une vingtaine de mètres plus haut, un bonnet et une chaussure appartenant aux victimes.
Nombreux étaient ceux à écarter la thèse de l’accident. " Les flics ont l’habitude de percuter les mecs en moto par l’arrière pour les arrêter. C’est une pratique courante ici ", lâche des jeunes du quartier.

Bien qu’énervés, ces derniers ont l’intelligent réflexe de quadriller le périmètre avec des barrières et des bandeaux de sécurités. " Il ne faut rien toucher pour ne pas bouger des preuves ", explique l’un d’eux à ses camarades, faisant évacuer tout le monde. Dimanche vers minuit, le préfet Paul-Henry Trollé s’est déplacé sur les lieux, accompagné des policiers qui ont pu effectuer des relevé dans le calme.

Thomas HOFFMANN

Retrouvez un dossier complet sur l’accident et les incidents de Villiers-le-Bel dans L’Echo Régional du mercredi 28 novembre.