Ils se sont réunis vers 15 heures jeudi 22 novembre devant l’immeuble où résidait Nadia, au 5 rue Michelet, dans le quartier des Carreaux à Villiers-le-Bel. Une date anniversaire que la famille de la disparue commémore chaque année depuis trois ans. Ils étaient une dizaine, parents et amis, à se retrouver devant l’entrée du bâtiment où ils déposent une gerbe de fleurs, comme s’ils venaient se recueillir sur une tombe.
Sur le mur, une plaque sur laquelle est gravée la date de la disparation et celle du jour : Nadia 22-11-2004-1922-11- 2007. à côté, une rose et un poème où l’on peut lire ces quelques vers : « Nadia, déjà trois ans. Trois longues années de calvaire. Nous pensons toujours à toi. Nous penserons toujours à toi. Et surtout on ne lâchera pas. Tant que ton meurtrier n’aura pas avoué. Et surtout tant que l’on ne t’aura pas retrouvée. »
 
Des traces de sang dans l’appartement
 
Cela fait désormais trois ans que plus personne n’a de nouvelles de Nadia Hamour. « Après trois ans ce n’est plus une disparition. Il l’a tuée et a dissimulé son corps quelque part », lâche son frère Yazid.
Ce dernier parle du mari de la disparue, Amirouche Hamour. Interpellé trois jours après la disparition de sa femme, l’homme a toujours nié y être pour quelque chose. Mis en en examen pour assassinat puis écroué, son pourvoi en cassation a été rejetée le 14 novembre dernier. Amirouche Hamour sera donc jugé par la cour d’Assises du Val-d’Oise en mars prochain pour le meurtre de sa femme.
Un véritable soulagement pour la famille de Nadia. « Il sera puni à juste titre c’est une bonne chose », expliquait son frère Yazid qui concédait toutefois attendre également « des aveux de sa part pour faire avancer l’enquête. »

Car après trois années de recherche, les enquêteurs n’ont toujours pas relevé la moindre trace de la disparue. Depuis son interpellation, Amirouche a toujours affirmé que sa femme a quitté le domicile familial un beau matin, sans donner de raison. Mais de nombreux éléments incriminent le mari. Tout d’abord, la procédure de divorce entamée par Nadia qui pourrait être le mobile du meurtrier présumé. Ou bien encore ces courriers soit disant postés par la disparue, mais qui n’avaient pas été écrits de sa main. Enfin, et surtout, les traces de sang de Nadia relevées par les enquêteurs dans différentes pièces de l’appartement, que Amirouche avait pourtant minutieusement nettoyé. « Il a tout lessivé à l’eau de Javel. Et puis, les policiers nous ont dit que dans certaines traces de sang relevées, il y avait aussi le sien qui était mêlé », s’énerve Hassein, l’autre frère de Nadia.

Les enquêteurs ont effectué de larges recherches pour retrouver la trace de cette dernière, du nord de l’Europe, en Algérie, dans le village de sa famille. En vain. Après plusieurs mois, la thèse de l’assassinat et la dissimulation du corps ne faisant pratiquement plus aucun doute, les policiers ont alors fouillé les champs qui bordent le quartier des Carreaux, à la recherche du corps de la disparue, en vain.

« Il l’a mise quelque part, mais on ne sait pas où », se lamentent les frères de Nadia. Depuis le jour de sa disparition, ces derniers sont convaincus que Amirouche a tué leur sœur. « Le soir même on le voyait dans ses yeux », se souvient Hassein. « Quand on est rentré, on lui a demandé où était Nadia. Il a répondu ‘‘Je vous jure, ce n’est pas moi. Je n’ai rien fait. »
Pour les deux frères, « tout ceci était préparé. Il ne l’a pas fait dans l’urgence, il a monté un scénario. Le soir des faits, on l’a vu charger des sacs dans la voiture d’un voisin. Ce qui est étrange c’est qu’un mois après, ce voisin avait vendu son véhicule en Afrique. C’est un complice potentiel ! »

« Je veux qu’il me dise où il a mis ma fille »

 Même s’ils concèdent qu’il y a « des silences qui règnent, certains ne veulent pas parler par peur des représailles », Hassein et Yazid, n’entendent pas pour autant partir en guerre contre tout le monde.
Lâchant dans un soupir que leur « vie s’est arrêtée le 22 novembre 2004 », tout comme celle des quatre enfants de Nadia âgés de 11 à 17 ans, « qu’elle aimait de tout son cœur », Yazid indique que leur volonté première est « qu’il paye pour ce qu’il a fait bien sûr mais surtout qu’il dise la vérité pour que l’on puisse retrouver son corps. Elle mérite une sépulture digne de ce nom et non pas une plaque sur un immeuble. » La mère de Nadia, jusque là silencieuse, lance alors d’une voix mêlant l’émotion et la colère : « il va me dire où est ma fille c’est tout ce que je veux. »

Thomas HOFFMANN
Echo Régional du 28 novembre 2007