« Lakami devait prendre son service à la boulangerie à 6 heures »

Lundi matin, rue Louise-Michel, tout est silencieux et seule une carcasse de voiture brûlée atteste des violences qui se sont déroulées la nuit précédente. Sur la place de la Tolinette, un épicier ouvre sa boutique : « Je n’étais pas là ce week-end, aucune dégradation dans ma boutique ». Devant, trois ou quatre jeunes observent les allées et venues dans le quartier. Sofiane, 15 ans a  presque le même âge que Lakami. Les deux adolescents, il les fréquentait. Il a grandi avec eux. « Je connais leurs familles. Ils n’avaient encore rien vécu. À cause de ce qui s’est passé, on a la haine et il faut que la justice soit faite, sinon rien ne s’arrêtera ».

Les habitants en colère

Dimanche, lorsque le drame s’est produit vers 17 heures, Sofiane était sur la place comme tous les jours. « La voiture descendait la rue et a heurté la moto », évoque-t-il, le regard vague vers le lieu de la collision. Pour lui comme pour les autres, « Lakami avait fini ses petites conneries de jeune, il voulait s’en sortir ». Et lorsque quelqu’un se met à raconter l’histoire, les autres rapportent à leur tour leurs souvenirs.

Une voisine de la place se souvient avoir réuni les jeunes du quartier quand elle a entendu le bruit de la collision. « De ma fenêtre j’ai aperçu deux corps. Je suis tout de suite descendue pour appeler les jeunes. On a été voir ». Ce matin, tous ont l’esprit préoccupé et tournent en rond sur la petite place. Hier jusqu’à quatre heures, ils étaient dehors. « Les gens de la cité de la Cerisaie à une centaine de mètres sont en colère », prévient en douce un riverain.
La boulangerie des Burteaux est ouverte comme d’habitude mais l’un des apprentis manque à l’appel. Lakami devait reprendre son service à 6 heures ce matin. Hier soir, lorsqu’il a appris ce qui  se passait à Villiers-le-Bel, Habib Friaa a tenté de le joindre sur son portable. « Je n’étais pas ici, j’ai laissé sonner plusieurs fois. Sans réponse », confie-t-il à mi-voix. Dans le fournil, Michel s’affaire en silence. Depuis quelques mois il était le maître d’apprentissage de l’adolescent. Lakami avait commencé sa formation en septembre dernier, pour deux ans. L’année dernière, grâce à un stage de troisième en entreprise, il avait découvert sa voie. « Après son stage, je devais l’embaucher ici car c’était un jeune serviable, toujours à l’heure, qui été motivé », rappelle Habib Friaa. Le boulanger montre une liste sur laquelle on peut lire une commande. « C’était ce qu’il devait faire ce matin. C’est triste pour un jeune de cet âge. J’ai perdu quelqu’un d’important ».

La vie reprend  à la Cerisaie

Dans l’heure qui suit, une équipe de la police municipale vient avec une remorqueuse pour embarquer la carcasse. Une voisine observe la scène, cachée derrière ses persiennes qu’elle referme dès qu’un journaliste s’approche trop près de son balcon. Un Beauvillésois récupère à l’aspirateur les morceaux de verre disséminés dans sa voiture. Chacun répare à sa mesure.

Caroline MONTSARRAT