Sarcelles, le dentiste arnaquait ses patients

Mercredi après-midi, Philippe, 44 ans, a été condamné à six mois de prison ferme pour avoir
escroqué une trentaine de personnes en effectuant de mauvais soins et en grossissant les factures.

Il est aux alentours de 14 h 15 quand le président Charpier ouvre le procès du dentiste crapuleux en énumérant une à une ses victimes, constituées partie civile. Une trentaine de noms plus tard, le magistrat relève la tête, remonte ses lunettes sur son front et regarde l’accusé d’un air incrédule.
à la barre, Philippe, 44 ans, reste serein. Cet ancien chirurgien dentiste, comparait devant le tribunal correctionnel de Pontoise pour avoir, de 1996 à 1998, alors qu’il pratiquait à Sarcelles, escroqué une trentaine de patients. Après avoir réalisé d’importants profits, il avait subitement quitté son travail pour partir aux États-Unis en juin 1998. Devenu vendeur de voiture d’occasions, l’ancien chirurgien pensait couler des jours heureux. Mais de retour en France pour récupérer son visa, il est rattrapé par la justice.
 
Action en justice et
création d’une association

Tout a commencé en février 1999 lorsque l’une des patientes de Philippe, s’estimant victime de mauvais soins, engage une procédure à l’encontre de ce dernier. « Je suis venue le voir pour un éclat dentaire sur une incisive. Il m’a répondu qu’il fallait poser une couronne car elle pouvait se casser n’importe quand », relate-t-elle à la barre. Mais quelques semaines après l’intervention, elle consulte un autre dentiste à la suite d’une infection des gencives. Ce dernier lui explique que sa couronne a été mal posée, et qu’il faut tout refaire, précisant au passage qu’il serait préférable d’aller voir un autre chirurgien. « Je me suis rendue au cabinet du docteur H. pour lui demander une compensation financière. Il a refusé, me disant qu’il voulait juste refaire le travail à ses frais. » Mais la patiente rejette la proposition et lance une action en justice.
Elle décide également de créer une association qu’elle nomme, « les victimes du docteur H. », placardant des affichettes un peu partout dans la ville. Et voilà qu’en quelques jours, de nombreux Sarcellois la contactent. Les victimes se plaignent d’infections après une intervention ou bien de problèmes de mâchoire, ne pouvant, pour certains, plus manger ni parler normalement. Ils déclarent également avoir été floués sur le prix des prothèses posées. En effet, Philippe avait pour habitude de leur facturer des appareils en céramique, pour au final leur poser des prothèses en résine, qui valent évidemment beaucoup moins cher. Et pour couronner le tout, le dentiste ne remplissait pas de feuilles de soins, ou bien les signait à la place de ses patients. « Il y a tout de même un nombre important de négligences et de malfaçons », lance ironiquement le président Charpier à l’accusé. « Pour certains dossiers il est possible que je me sois trompé. Comprenez, je recevais 25 à 30 clients par jour… », s’explique Philippe d’un ton assuré. Malgré les multiples accusations dont il doit répondre, l’homme ne se démonte pas un seul instant. Se tenant droit comme un « i » dans son costume foncé bien taillé, l’accusé a la verbe facile et tente de manipuler les magistrats en faisant usage de termes techniques.

« Je me suis fait
avoir de 12 000 euros »
 
Mais dans la salle d’audience, deux autres victimes sont venues en ce mercredi après-midi. Leur témoignage est implacable. La première explique qu’elle s’est rendue chez ce chirurgien pour se faire changer vingt dents. Ce dernier lui a « demandé des prix exorbitants, environ 12 000 euros, et je me suis fait avoir. » Mais une fois l’opération réalisée, et payée en liquide, la situation se complique : « Je lui ai demandé une feuille de soins, mais il m’a dit qu’il ferait ça après. Et puis quand je suis revenue, il était parti. » Le docteur s’était envolé pour les États-Unis sans prévenir aucun de ses patients, ni transmettre leur dossier à son remplaçant. « J’ai porté plainte, continue la victime. J’ai vu un autre chirurgien qui m’a annoncé que sur les vingt dents que je devais me faire refaire, seules quatorze avaient été traitées. Et sur ces quatorze, il n’y en avait que huit en céramique, les six autres étant en résine. »

Une dame âgée s’avance à son tour à la barre. L’histoire est semblable à la précédente. « Je suis allée le voir pour la pose d’une prothèse en céramique. Mais je n’ai pas supporté l’intervention. Quand je suis allée le revoir, il n’était plus là. Je n’ai eu aucune facture, il m’a dit que ce n’était pas remboursé alors que j’en avais eu pour 2000 euros. Je me suis rendue chez un autre dentiste pour de nouveaux soins, et là il m’a annoncé que ma prothèse n’était pas en céramique. »
Le président Charpier demande des explications à l’accusé. « L’armature était en résine, certes, mais les dents étaient bien en céramique », jure Philippe qui continue à nier les accusations. Le magistrat l’interroge alors sur son soudain et étrange départ pour les États-Unis. « C’est une décision que nous avions prise avec ma femme il y a un an », précise l’intéressé. « J’ai fait le choix d’arrêter mon travail de dentiste car c’était trop de stress. J’avais trop de patients et je ne pouvais pas les refuser, ça aurait été une faute professionnelle. » « Auriez-vous fait l’Ena ? Parce que vous avez une faculté impressionnante à parler pour ne rien dire », rétorque le juge.

Il détruit le
dossier d’une patiente

La défense de Philippe est de plus en plus friable. Le coup de grâce est porté par la patiente à l’origine des poursuites judiciaires. Cette dernière confie qu’après son opération, elle avait voulu consulter son dossier. Philippe lui avait alors répondu qu’il avait été détruit à la suite d’une inondation dans son cabinet. Seul hic, les enquêteurs ont interrogé le plombier qui était intervenu pour réparer les dégâts, qui n’est autre que le mari de la nièce du dentiste. Ce dernier a indiqué qu’en fait d’inondation, il s’agissait d’une simple fuite et qu’en aucun cas elle n’aurait pu endommager les dossiers des patients. De plus, il a avoué avoir également gonfler la facture du dentiste pour l’assurance. « Peut être a-t-il dit ça parce que nous étions en froid », ne trouvait qu’à répondre l’accusé. Mais plus personne ne croit cet arracheur de dents.
 
Après délibération, le tribunal le condamnait à six mois de prison ferme. Philippe ressortait tête basse de la salle d’audience, avec une nouvelle convocation pour fin janvier 2008. Il lui sera alors signifié le montant des indemnités à verser à ses victimes.

Thomas HOFFMANN
Echo Régional du 5 décembre 2007