Vendredi après-midi, le tribunal correctionnel de Pontoise a condamné à de
la prison ferme trois jeunes qui avaient incendié un collège durant les émeutes… de 2005.

Il y a deux ans, alors qu’ils devaient être jugés en comparution immédiate, les trois jeunes prévenus avaient vu leur procès renvoyé par le tribunal. Les faits avaient été estimés trop importants pour être traités aussi rapidement. Les accusés pouvaient alors s’estimer heureux, se disant que la tension engendrée par les émeutes qui frappaient toute la France à l’époque, et qui aurait pu leur valoir une lourde sanction, allait retomber.

Manque de chance, il a fallu que de nouvelles émeutes, similaires à celles de 2005, viennent à nouveau frapper le département cinq jours avant leur jugement. Et pour couronner le tout, le procureur de la République avait la veille requis en comparution immédiate de la prison ferme pour « des jeunes majeurs au profil identique, qui avaient également incendié des locaux publics. » Est-ce que cela a pour autant pesé dans la balance ? Justin, Djibril, et Sallah ont été respectivement condamnés à des peines de 11, 12 et 8 mois de prison ferme, assorties de mise à l’épreuve. Une condamnation que les accusés, tous âgés de 20 ans, qualifiaient de « très lourde » à leur sortie de la salle d’audience.
Dans la nuit du 3 au 4 novembre 2005, accompagnés de deux mineurs, ils avaient incendié le collège des Toupets à Vauréal à l’aide de deux cocktails Molotov. Une troisième bouteille, qui n’avait pas explosée, était retrouvée dans les locaux par les gendarmes.

« Pris dans l’engrenage du mouvement »

Le lendemain, Djibril et Justin s’en étaient également pris à une annexe de la mairie, et à deux voitures appartenant à des gendarmes. « J’ai été pris dans l’engrenage du mouvement. J’ai voulu participer aux émeutes comme les potes du quartier », explique avec une grande franchise Djibril à la barre. « Vous me parleriez de participer à un match de foot avec les jeunes de votre quartier d’accord, mais là ce n’était quand même pas neutre », insiste la juge. Les faits étant reconnus, la magistrate tient maintenant à savoir ce que l’accusé pense de son acte aujourd’hui. « C’était il y a deux ans. J’ai grandi, c’était bête », concède le jeune homme, très à l’aise.

à ses côtés, Salah, qui avait fabriqué les cocktails Molotov mais n’avait participé qu’à l’incendie du collège, se repent également. « J’étais stupide dans ma tête. Je regrette d’avoir fait ça, c’est en voyant les flammes que j’ai compris que c’était dangereux. C’est pour ça que je ne suis pas allé avec les autres la deuxième nuit, j’ai eu peur », lâche-t-il d’une voix légèrement tremblante. Il semble également avoir peur de la peine qu’il encoure, à l’inverse de ses complices qui sont bien plus détendus. Il faut dire que son casier judiciaire est plus chargé. Le procureur de la République ne manque d’ailleurs pas de rappeler dans son réquisitoire que le Vauréalien a été condamné à 3 mois de prison ferme en 2006 pour des faits de « violence avec arme » datant de novembre 2005, quelques jours seulement après son interpellation pour l’incendie du collège…

Justin « bridou »  nie tout en bloc

Il ne restait plus à la cour qu’à écouter Justin. Surnommé « Bridou » par Djibril, ce qui ne manque pas de provoquer de larges sourires chez sur les visages des magistrats, le jeune homme continue sur la même ligne de défense que depuis son interpellation, niant les faits en bloc. « Je n’ai participé à rien du tout. Les gens disent que j’étais là alors que c’est faux », jure-t-il dans une posture nonchalante sans expliquer pourquoi ses complices l’avaient incriminé.
Tous trois vêtus en jean, basket et blouson à capuche, seules les couleurs différentes permettent de les différencier, c’est avec une grande attention que Justin, Djibril et Salah ont écouté le réquisitoire du procureur. Se disant « satisfaite de les avoir entendus admettre qu’il y a eu un effet de groupe », la magistrate indiquait toutefois que « s’attaquer à des biens publics et brûler le collège où ils ont reçu des cours est dramatique. » Elle s’interrogeait enfin sur un point : « jusqu’où cela aurait pu aller, s’ils n’avaient pas été interpellés ? »

Condamné à des peines de 8 à 12 mois de prison ferme, les trois Vauréaliens devront également verser 73 500 euros d’indemnités pour les dégâts qu’ils avaient causé.

Thomas HOFFMANN
Echo Régional du 5 décembre 2007