Un travail de plus en plus difficile pour les journalistes

Couvrir les émeutes de Villiers-le-Bel n’a pas toujours été une sinécure pour les journalistes. Considérés comme des supplétifs de la police, certains ont été rudoyés, voire passés à tabac. Premier journaliste de presse écrite sur les lieux, Luc Bronner, du quotidien Le Monde semble avoir été également le premier à faire les frais de la violence.
« Je suis rentré dans la cité vers 19 h 30 avec ma voiture. Il y avait une centaine de jeunes cagoulés, dont certains armés de barres de fer qui mettaient le feu à des voitures. En m’approchant, j’ai croisé le regard de l’un d’eux. Il est venu me voir et, lorsque je lui ai dit que j’étais journaliste, il m’a fermement dit de dégager. Puis il m’a pris par le col de mon blouson et m’a poussé. Un autre jeune est arrivé et m’a donné un violent coup de pied dans le thorax. Je me suis dégagé et je suis parti en courant. Ils ne m’ont pas poursuivi », raconte-t-il dans l’édition du 1er décembre du Monde.
D’autres journalistes ont eu des problèmes. Le lundi, un “cadreur” de France 3 Ile-de-France  s’est fait voler sa caméra après avoir été traîné sur « cinq ou six mètres ». Toujours le même soir, deux confrères de LaTélélibre, une chaîne de télévision diffusée sur Internet et dirigée par John Paul Lepers (un ancien de Canal +) ont aussi été blessés. L’un a eu une phalange fracturée et l’autre huit points de suture au cuir chevelu.
Mais les journalistes des médias nationaux ne sont pas les seuls à avoir été malmenés. Christophe Obry, de VOTV, est certainement celui qui a eu les pires ennuis. Le lundi, peu avant midi, alors qu’il réalisait un reportage avec un collègue et prenait quelques images, il a été pris à partie par une vingtaine de jeunes qui l’ont plaqué au sol et l’ont roué de coup en volant sa caméra. Résultat : une interruption de travail de plusieurs semaines et une intervention sous anesthésie locale qu’il devra subir pour une fracture du nez.
Les journalistes locaux sont pourtant des habitués du terrain qu’ils fréquentent quotidiennement. À qui la faute, alors ? À un contexte très tendu bien sûr mais aussi et surtout à une image dévalorisée des journalistes en général par les jeunes. « Les médias ne racontent pas la vérité. Ils suivent toujours l’opinion des policiers », nous confie un étudiant de 18 ans rencontré dans un centre commercial, près de la ZAC de la Tolinette.
« On dit souvent des choses au journaliste mais quand on regarde la télé, on a l’impression d’avoir été trahi », ajoute son cousin, à peine plus âgé que lui.
« Il faudrait que les médias arrêtent de ne parler que des problèmes », lâche un autre, croisé en face de la pharmacie du quartier.
Craignant l’hostilité de certains banlieusards, la plupart des journalistes ont recours à des “fixeurs” comme dans les pays en guerre. Connaisseurs du terrain et de ses habitants, ils sont rémunérés et servent aussi bien de chauffeurs. À Villiers-le-Bel, une quarantaine de personnes provenant de la société Respect sécurité a ainsi été mobilisée pour aider les journalistes à ne pas se faire piéger.
Vêtus de parka et de blousons noirs sans logos, ils les accompagnaient la nuit et leur donnaient des conseils du genre : « Passez ici, ne passez là. Baissez votre caméra. »
Créée il y a deux ans par deux banlieusards, cette petite entreprise s’est spécialisée dans la sécurité (gardiennage, surveillance de concerts, etc.).
La véritable haine des médias constatée chez de nombreux jeunes pose bien des questions. Le climat d’intolérance apparaît aussi chez certains lecteurs qui ne supportent pas “qu’on donne la parole à des jeunes de banlieue”. Faut-il que les journalistes s’implantent davantage en banlieue en créant par exemple des antennes de leur rédaction ? Ou bien, ne devraient-ils pas davantage traiter les initiatives positives dans les quartiers populaires ?
Ces suggestions ont été formulées dans la charte Médias et banlieue initiée par l’agence de presse des quartiers « Ressources urbaines » (lire notre édition du 14 novembre). Il serait temps de les appliquer…
L. L.
Echo Régional du 5 décembre 2007