La sénatrice de Paris (les Verts) veut entrer dans la bataille des municipales
à Argenteuil avec sa propre liste, « verte et ouverte ».

L’ÉCHO-RÉGIONAL : – Alima Boumediene Thiery, vous êtes sénatrice de Paris. Originaire d’Argenteuil, les municipales vous intéressent-elles ?

Alima BOUMEDIENE THIERY : Je suis née à Argenteuil et j’y habite toujours, bien sûr qu’Argenteuil m’intéresse ! Et avec mon parti, les Verts, notre objectif, c’est l’élection municipale. Nous allons y participer, évidemment.

– Le député maire (UMP) Georges Mothron semble tenté par l’ouverture à gauche, et vous ?

– Sûrement pas ! Moi je suis fondamentalement de gauche, je ne discute pas avec lui.  Je ne peux pas m’allier avec quelqu’un qui est proche de Nicolas Sarkozy. D’ailleurs lorsque l’on se croise, il ne me dit même pas bonjour. Peut-être a-t-il peur de moi ? Quand nous nous rencontrons dans des événements officiels, il ne me salue jamais. S’il veut s’allier avec le MoDem par exemple, c’est normal, ce sont des gens proches de lui, des anciens de sa liste. Mais personne chez les Verts ne rejoindra Georges Mothron ! S’il m’appelle, je lui lancerai que je n’ai rien à lui dire et je raccrocherai !

– Vous penchez donc pour une liste de gauche, une liste unie ou une liste seule ?

– Une liste « verte et ouverte », comme en 2001 où nous avions récolté un peu plus de 8 % des voix.

– Une liste écologiste donc, avec Valentin Texeira ? (écologiste d’Argenteuil exclu récemment du parti des Verts, Ndlr)

– Non, on ne peut pas mettre quelqu’un qui vient d’être exclu de notre parti sur notre liste ! Il n’y figurera sûrement pas !

– Vous ferez donc une liste en parallèle du PS ?

– Si nous pouvons le faire, nous le ferons. Nous négocierons peut-être avec la gauche, nous ne sommes pas contre, ça dépend de ce que les forces de gauche proposent. Mais 53 personnes à trouver pour notre liste, c’est facile. Ce sera une liste ouverte aux associatifs, une liste indépendante et autonome. Rien n’est fait, rien n’est joué. Mais nous sommes prêts à partir en campagne.

– Ce n’est pas un peu tard pour commencer votre campagne ?

– Non, ce qui compte, c’est de partir à point. Nous démarrerons les élections début janvier avec des thèmes clairs : les transports et le désenclavement d’Argenteuil, le logement social, la démocratie locale avec une véritable participation des citoyens par des référendums par exemple, la suppression de la police municipale et l’utilisation de son budget pour employer des éducateurs de rue…

– Vous prenez le risque de diviser la gauche ?

– Dans les villes de plus de 50 000 habitants, le CNIR (le parlement des Verts, Ndlr) dit que nous pouvons faire notre liste seuls. Si nous pouvons la faire, nous la ferons encore une fois. Nous irons peut-être négocier avec la gauche, rien n’est fermé.

– Et quels seraient vos conditions pour figurer sur une liste d’union de la gauche ?

– Cela dépend du programme proposé, nous serons vigilants par exemple sur le logement social et le rétablissement d’une véritable mixité à Argenteuil, avec des prix immobiliers modulables. Georges Mothron a opéré une purification sociale de la ville, et nous sommes fermement contre. Cela dépend aussi de notre participation indiscutable à l’exécutif et de notre liberté de vote. Nous voulons au moins cinq ou sept Verts sur la liste et au minimum deux ou trois en position éligible.

– Avec qui préféreriez-vous négocier côté socialiste : Philippe Doucet, Faouzi Lamdaoui ou Alain Leikine ?

– J’ai croisé Philippe Doucet, nous nous sommes parlés rapidement à la sortie de l’école, après les vacances de la Toussaint. Il avait déjà été élu par sa section. Depuis j’attends qu’il me rappelle, il ne l’a pas encore fait. Alain Leikine, je le connais très bien, depuis longtemps. C’est un ami, nous nous appelons souvent, nous nous sommes rencontrés pour un déjeuner et avons longuement parlé. J’ai aussi discuté avec la LCR et le collectif de José Bové, mais leur alliance a explosé à Argenteuil.

– Une alliance avec le PS est donc envisageable ?

– Avec Alain ou Philippe Doucet, oui, peut-être, cela dépend des conditions.

– Le 15 décembre, le PS va donner officiellement sa position sur le candidat tête de liste pour Argenteuil. On parle d’un « double ticket » Philippe Doucet / Faouzi Lamdaoui…

– Ce serait impensable. Personnellement, je ne serai jamais sur la même liste que Faouzi Lamdaoui. Argenteuil doit être gérée par des Argenteuillais. Les Verts décideront, mais j’ai la prétention de croire qu’ils me suivront.

– Alain Leikine a aussi déclaré qu’il ne figurerait jamais sur la même liste que Faouzi Lamdaoui et qu’il prendrait ses responsabilités après le 15 décembre…

– Nous prendrons aussi nos responsabilités…

– En faisant une liste tous les deux ?

– Pourquoi pas, tiens, je vais lui en parler ! En tout cas je ne veux pas me trouver face à Mothron sur une liste où l’on nous accuserait de parachutage. Faouzi Lamdaoui n’est même pas venu voir les Verts locaux. Il a voulu passer par-dessus la politique locale avec le PS en voulant nous imposer une campagne sur Argenteuil au moment des législatives. Mais on ne nous impose rien à Argenteuil ! François Hollande a appelé Noël Mamère pour lui demander de venir soutenir Faouzi Lamdaoui. ça s’est passé dans les hautes instances. S’il voulait faire une véritable alliance, il n’avait cas au moins décrocher son téléphone. Or il ne m’a jamais appelée, même pas au second tour des législatives. Ni moi, ni ma section, ni le département. On apprend par le national que Noël Mamère vient à Argenteuil, il faut un minimum de respect en politique ! Si le PS décide d’envoyer Faouzi Lamdaoui à Argenteuil, ça veut dire que le PS ne veut pas d’Argenteuil et qu’il a décidé de sacrifier la ville.

– Et s’il vous appelait aujourd’hui ?

– Je lui répondrai car je suis polie, je lui demanderai où il habite aujourd’hui à Argenteuil, et je raccrocherai. On ne négociera pas avec lui, c’est très clair.

– Même au deuxième tour ?

– Notre objectif est de faire au moins 10 % pour nous maintenir. Si Faouzi Lamdaoui est au second tour sur une liste de gauche, personnellement, j’appellerai à l’abstention.

Propos recueillis par Marine CHAILLOUX
Echo Régional du 12 décembre 2007