Une dette colossale, une réorganisation exigée par un rapport ministériel et des suppressions d’emplois. La santé de l’hôpital d’Argenteuil est au plus mal.

Trente millions de déficit. Fin 2006, la dette réelle de l’hôpital Victor Dupouy pourrait atteindre cette somme impressionnante. Rien que pour 2007, elle devrait s’élever à 11 millions d’euros. C’est le constat alarmant dressé par un rapport ministériel.

Suppression d’emplois

« La situation est extrêmement dégradée et il est important d’agir vite pour renverser la tendance »,  décrit ce texte. Pour résorber cette dette, il préconise des mesures drastiques.
En 24 mois, l’établissement devra intégralement rembourser son déficit de l’année 2007 : 8,5 millions d’économies seront réalisées par une diminution des charges, dont 7,5 millions d’économies sur les dépenses de personnel et un million d’euro sur d’autres postes de dépenses. Ainsi, le rapport prévoit de supprimer le plus rapidement possible 160 emplois. Une mesure radicale qui fait peur.
Parallèlement, le rapport espère que les recettes atteindront 2,5 millions d’euros. Pour cela il préconise l’augmentation des actes médicaux, dans des domaines plus rentables. « L’idée d’employer des médecins rentables est insupportable ! » considère Alain Leikine, conseiller général d’Argenteuil et membre du Conseil d’administration de l’hôpital. Et l’équation travailler plus avec moins de personnel inquiète les syndicats. « C’est le personnel hospitalier qui va payer le plus lourd tribu, s’insurge Aline Boulay, représentante du syndicat autonome de l’hôpital d’Argenteuil. La majorité des suppressions d’emplois les concerne. Non seulement il va falloir travailler plus, et avec moins de personnel ! Je ne remets pas en cause le diagnostique du rapport, précise Aline Boulay. Mais il est simpliste. » Selon les syndicats, c’est la politique de Santé et de tarification des actes voulue par l’État qui doit être remise en question. Dans ce rapport, seuls les dysfonctionnements au sein de l’hôpital sont pointés du doigts : mauvaise gestion de l’établissement, impayés importants qui majorent la perte pécuniaire, trop grande spécialisation médicale. Malgré un plan de retour à l’équilibre adopté en 2004, la situation n’a cessé de se dégrader.
Pourtant, l’hôpital dispose de nombreux atouts : le territoire du bâtiment est le plus peuplé du Val-d’Oise. L’hôpital gère un bassin de 400 000 personnes. Côté matériel, il est plutôt bien loti. Deux cliniques privées ont fermé aux alentours, garantissant une fréquentation en augmentation. Difficile donc d’expliquer les raisons d’un tel engrenage de la dette.  « Si l’établissement a un directeur à sa tête, les décisions sont prises par un seul organe de délibération qui est le Conseil d’Administration (…) et les projets médicaux ont été adopté par l’ensemble des instances et l’ensemble des tutelles (D.D.A.S.S. et A.R.H.) », précise le syndicat autonome. Alain Leikine dénonce lui aussi la chasse à l’homme, lancé sur le directeur.
« Je ne comprends pas comment, pendant tant d’années, on a pu nous cacher la vérité, comment on a pu laisser la dette grossir ainsi sans en avertir le Conseil d’administration, lance Alain Leikine, mais s’acharner sur un seul homme, ce ne sont pas des méthodes. »
Pour lui, le président de l’hôpital, Georges Mothron, député maire de la ville, se dédouane dans cette affaire. L’intéressé confie lui qu’il est inquiet depuis de longs mois pour la situation de l’hôpital et qu’il va tout mettre en œuvre pour régler la situation.
En attendant, l’hôpital a été placé en observation. La réalisation de cette remise à niveau va se faire par un contrôleur de gestion. Une mise sous tutelle pour laquelle il n’a pas été demandé au Conseil d’administration de voter. Le conseiller général Alain Leikine et les syndicats demandent à rencontrer les auteurs du rapport, à défaut de pouvoir le voter ou le rejeter. 

Marine CHAILLOUX