Quinze jours après la mort de sa fille assassinée dans une rame du RER D le 25 novembre entre Louvres et Survilliers, le colonel Philippe Schmitt a accordé un entretien à L’Echo Régional/VOnews. Encore en plein deuil, il y fait honneur au courage de sa fille face à son agresseur et évoque son prochain combat, pour que les auteurs de tels crimes ne puissent récidiver. En voici de larges extraits.

L’ECHO REGIONAL : – Colonel, voici quinze jours, votre fille Anne-Lorraine était agressée et tuée dans les circonstances que l’on connaît. Dans la presse, on constate que vous faites preuve d’une grande dignité. Vous prenez beaucoup sur vous. C’est sans doute en réponse au geste d’extrême courage dont a fait preuve votre fille face à son agresseur ?
Philippe SCHMITT : – « Notre cœur de parents est brisé et notre peine infinie. Nous avons toujours beaucoup de mal à réaliser cette séparation brutale. Pour autant, nous sommes très impressionnés par l’énergie qu’a développée Anne-Lorraine pour se défendre. Elle a choisi la mort plutôt que la souillure et nous nous efforçons de rester dignes d’elle.

– Dans divers entretiens accordés à la presse, vous insistiez à dire que vous n’éprouvez aucune haine contre le tueur et que vous pourriez même lui pardonner. C’est un effort moral très difficile à faire pour un père qui vient de perdre une enfant tuée sauvagement ?
C’est vrai, mais nous n’en sommes pas encore au stade du pardon. Pour l’instant nous souhaiterions comprendre comment peut-on commettre un acte d’une telle barbarie et surtout comment après une première agression, qui heureusement ne s’était pas soldée par le meurtre de la victime, cet individu a pu si facilement retrouver la liberté et récidiver.

– Vous déclarez également que votre prochain combat sera " de faire en sorte que de tels individus ne puissent à nouveau récidiver. " Ce sera une campagne difficile, vu le système pénal actuel. N’avez-vous pas l’impression de partir vous battre contre des moulins à vents ?
Nous avons reçu des milliers de témoignages de soutien de parents, de frères, de sœurs, de fiancés qui nous disaient comprendre ce combat que nous voulons mener. Qui, à l’heure actuelle, peut souhaiter que ce genre de prédateurs puisse frapper de nouveau où il veut et quand il veut ?
Le système pénal n’est pas immuable, mais au contraire perfectible, c’est une question de volonté et de courage. Le rôle d’un Etat est bien de protéger ses citoyens.

– Vous avez dit aussi que : " Sa mort est, en quelque sorte, un sacrifice. " Justement, on constate que la mort de votre fille suscite de la communauté catholique une véritable béatification. Pensez-vous que cela pourrait conduire à une canonisation d’Anne-Lorraine ?
Ce qui nous semble indéniable, c’est que le qualificatif de « martyr » peut s’appliquer à Anne-Lorraine, eu égard aux circonstances de sa mort. Quant au reste, nous ne sommes pas qualifiés pour répondre.

– On a remarqué une récupération de l’assassinat d’Anne-Lorraine par les tendances d’extrême droite. En raison des origines étrangères de l’auteur présumé du crime. A tel point que des sites Internet et blogs ont soupçonné Anne-Lorraine d’avoir des appartenances avec un tel courant d’idée. Que répondez-vous de ces amalgames ?
Je récuse toute récupération d’où qu’elles viennent. Anne-Lorraine a été assassinée parce qu’elle se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment avec cet individu dont la dangerosité n’a pas été appréciée à sa juste valeur lors du premier procès. Cela n’a rien à voir avec ses origines.

– Vous demeurez dans l’Oise, vous êtes en fonction à Paris. Vous prenez chaque jour le RER D, ligne sur laquelle votre fille a été tuée. C’est un effort supplémentaire que vous devez surmonter au quotidien ?
Cela ne fait qu’accentuer ma peine mais également ma détermination pour que ce type d’individu ne soit pas en mesure d’agresser de nouveau sur cette ligne comme sur n’importe quelle autre ligne de train et ailleurs.

Vous êtes croyant pratiquant. Lorsque vous-vous recueillez quels sont les messages que vous portez à votre fille défunte ?
Elle nous conduit, nous ses parents, ses frères et ses sœurs, sur le chemin de l’espérance : "Comme je m’y suis engagé, je mettrai toute mon énergie à ce que ton sacrifice ne soit pas vain". »

Recueillis par Fabrice CAHEN

A paraître dans sa totalité dans l’édition du 19 décembre de L’Echo-Régional