L’ECHO REGIONAL : – Colonel, le 25 novembre dernier votre fille Anne-Lorraine était agressée et tuée dans les circonstances que l’on connaît. Vous faites preuve d’une grande dignité. Vous prenez beaucoup sur vous. C’est sans doute en réponse au geste d’extrême courage dont a fait preuve votre fille face à son agresseur ?

 Philippe SCHMITT : – « Notre cœur de parents est brisé et notre peine infinie. Nous avons toujours beaucoup de mal à réaliser cette séparation brutale. Pour autant, nous sommes très impressionnés par l’énergie qu’a développée Anne-Lorraine pour se défendre. Elle a choisi la mort plutôt que la souillure et nous nous efforçons de rester dignes d’elle.

– Vous avez dit que vous n’éprouvez aucune haine contre le tueur et que vous pourriez même lui pardonner. C’est un effort moral très difficile à faire pour un père qui vient de perdre une enfant tuée sauvagement ?

C’est vrai, mais nous n’en sommes pas encore au stade du pardon. Pour l’instant nous souhaiterions comprendre comment peut-on commettre un acte d’une telle barbarie et surtout comment après une première agression, qui heureusement ne s’était pas soldée par le meurtre de la victime, cet individu a pu si facilement recouvrer la liberté et récidiver.

– C’est la colère qui vous pousse à vous lancer dans le combat contre la récidive ?

Nous avons reçu des milliers de témoignages de soutien de parents, de frères, de sœurs, de fiancés qui nous disaient comprendre ce combat que nous voulons mener. Qui, à l’heure actuelle, peut souhaiter que ce genre de prédateur puisse frapper de nouveau où il veut et quand il veut ? Le système pénal n’est pas immuable, mais au contraire perfectible, c’est une question de volonté et de courage. Le rôle d’un Etat est bien de protéger ses citoyens.

– Vous avez été reçu par le président Sarkozy, qui a affirmé son souhait que les récidivistes ne soient pas relâchés. Ces paroles vous ont rassuré ?

Le président a souhaité que les récidivistes, à l’issue de leur peine, soient placés en traitement médical en milieu fermé. Si les traitements se révélaient inefficaces, il faudrait alors trouver une autre solution. Ce qui m’intéresse c’est l’obligation de résultat. Pour ma part je ne suis pas dans une optique de répression. Ma démarche est différente. Je m’inscris dans une action de protection de l’avenir. Je souhaite que des enfants, jeunes filles et femme, soient protégés contre ce genre de malade dans un train ou ailleurs. Je trouverais insupportable que cela recommence.

– Les faits s’étant déroulés entre Louvres et Survilliers, le parquet de Senlis a été dessaisi et c’est celui de Pontoise qui est chargé de l’affaire. Qu’attendez-vous du procès qui se déroulera aux assises du Val-d’Oise ?

Je souhaiterais qu’il soit condamné à une lourde peine. Qu’il ne s’en sortira pas avec une peine de sûreté. Il ne ferait alors qu’une partie de sa condamnation. Il ressortirait après 10 ans. Connaissant le taux de récidive, c’est une prochaine victime à venir. Il avait déjà commis ces actes il y a 10 ans. Les faits avaient été banalisés lors du procès qui s’était soldé sur une peine de 5 ans, avec 2 années de sursis, réduite encore sur la préventive qu’il a pu obtenir. Bref si ma fille a été tuée c’est parce qu’il a été mal jugé une première fois.

« Le qualificatif de martyr peut s’appliquer à Anne-Lorraine. »

– Vous avez dit : " La mort d’Anne-Lorraine, en quelque sorte, un sacrifice. " La communauté catholique a témoigné d’une grande mobilisation. Anne-Lorraine est morte le dimanche du Christ Roi. Pensez-vous que cela pourrait conduire à une canonisation d’Anne-Lorraine ?

Ce qui nous semble indéniable, c’est que le qualificatif de « martyr » peut s’appliquer à Anne-Lorraine, eu égard aux circonstances de sa mort. Quant au reste, nous ne sommes pas qualifiés pour répondre.

– On a remarqué une récupération de l’assassinat d’Anne-Lorraine par l’extrême droite, en raison des origines étrangères de l’auteur présumé du crime. A tel point que des sites Internet et blogs ont soupçonné Anne-Lorraine d’avoir des affinités avec un tel courant d’idée ?

Je récuse toute récupération d’où qu’elles viennent. Anne-Lorraine a été assassinée parce qu’elle se trouvait à cet endroit, au mauvais moment avec cet individu dont la dangerosité n’a pas été retenue lors du premier procès. Cela n’a rien à voir avec quelconque conviction politique et origine.

– Vous demeurez dans l’Oise, vous êtes en fonction à Paris. Vous prenez chaque jour le RER D, ligne sur laquelle votre fille a été tuée. C’est un effort supplémentaire que vous devez surmonter au quotidien ?

Cela ne fait qu’accentuer ma peine mais également ma détermination pour que ce type d’individu ne soit pas en mesure d’agresser de nouveau sur cette ligne comme sur n’importe quelle autre ligne.

Vous êtes croyant pratiquant. Lorsque vous vous recueillez quels sont les messages que vous portez à votre fille défunte ?

Elle nous conduit, nous ses parents, ses frères et ses sœurs, sur le chemin de l’espérance : Comme je m’y suis engagé, je mettrai toute mon énergie à ce que ton sacrifice ne soit pas vain. »

Propos recueillis par Fabrice CAHEN

(extrait de l’édition du 19 décembre de L’Echo Le Régional du Val-d’Oise)