Une centaine de personnes était présente lundi après-midi à l’église Saint-Côme Saint-Damien de Luzarches pour assister aux obsèques de Roger Delpey, décédé à son domicile des suites d’un malaise le 29 décembre. Ancien combattant en Indochine, Roger Delpey s’était  d’abord fait connaître pour son best-seller Soldat de la boue, publié en 1951.
Mais il était surtout connu pour être l’un des protagonistes de l’Affaire des diamants qui avait éclaboussé le président de la République de l’époque Valéry Giscard d’Estaing. Devenu le confident de l’ex-empereur centrafricain Jean Bédel Bokass, il avait été considéré comme l’informateur du Canard enchaîné.

Emprisonné plus  de six mois

Le 10 octobre 1979, l’hebdomadaire satirique avait publié le fac-similé d’une commande de Bokassa datant de 1973 pour une plaquette de diamants destinée à Valéry Giscard d’Estaing alors ministre des Finances. Arrêté en mai 1980 à la sortie de l’ambassade de Libye, Roger Delpey avait été accusé d’espionnage au profit d’une puissance étrangère et incarcéré pendant plus de six mois. Une incarcération dénoncée à l’époque par ses avocats, dont l’ancien ministre des affaires étrangères Roland Dumas, comme une véritable « lettre de cachet ».
À sa sortie de prison, Roger Delpey ne cessera de régler ses comptes avec l’ancien président de la République française dans des livres comme La manipulation (1981) ou Prisonnier de Giscard (1982). Avant sa mort, il planchait sur l’écriture d’un nouvel ouvrage concernant Valéry Giscard d’Estaing.
Mais le parcours de Roger Delpey ne s’arrête pas à son seul rôle dans l’Affaire des diamants.
Homme de réseau et fervent gaulliste, il était très proche de Jacques Foccart, l’ancien secrétaire général de l’Élysée à la réputation sulfureuse. C’était d’ailleurs sur ses conseils qu’il s’était installé à Luzarches. Roger Delpey avait ainsi habité une ravissante demeure située juste à côté de la Villa Charlotte, l’immense propriété où résidait son ami. Après la mort de son épouse en 2003, il avait déménagé pour s’installer rue du Pontcel, où il est décédé le 29 décembre.

Une buick offerte par Bokassa

Très discret, Roger Delpey ne faisait pas parler de lui à Luzarches. Sa seule « excentricité » connue était d’avoir obtenu l’autorisation de Bernard Messéant, ancien maire et conseiller général de Luzarches, de garer sa voiture dans un hangar de la ferme du Pontcel : une Buick offerte par Bokassa !
Dans sa maison, Roger Delpey avait entassé ses souvenirs et ses archives. Selon ses dires, Charles de Gaulle aurait conservé de son vivant l’un de ses ouvrages dans sa bibliothèque  personnelle. Outre ses photos et ses livres, il y avait également plusieurs scénarios de films, écrit pour des réalisateurs de renom comme Marcel Carné.  
Avant sa mort, Roger Delpey passait la majeure partie de son temps à écrire sur une vieille machine. Malgré les conseils de ses proches, il avait toujours refusé d’investir dans un ordinateur ou un téléphone portable. Il était toujours très proche des anciens combattants et faisait partie de l’UNC (Union nationale des combattants). Le président départemental, Gérard Thronel était d’ailleurs présent aux funérailles.
Parmi, les autres personnalités présentes figuraient également des membres de la famille de Jean-Bedel Bokassa, dont son petit-fils Jean-Barthélémy. Mais également, le président du Front national Jean-Marie Le Pen. « Nous nous connaissions bien. Nous nous étions vus pour la dernière fois il y a trois semaines. C’était d’ailleurs la première fois que je venais à Luzarches », a-t-il affirmé. C’est d’ailleurs Roger Delpey qui lui avait mis le pied à l’étrier en politique, en le présentant à Pierre Poujade, fondateur de l’Union de défense des commerçants et artisans de France, lequel le fit élire député à Paris.
Le conseiller régional (FN) Roger Holeindre a fait quant à lui un discours après la messe et avant que le corps de Roger Delpey ne soit déposé au funerarium de Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). « Roger Delpey était mon camarade d’armée, mon frère d’arme. Il avait écrit un livre sur l’Indochine, les Soldats de la boue. La boue, cela désignait le calvaire de l’armée française, une armée mal équipée. Il s’était lié d’amitié mais ce qui a été racontée à son sujet, notamment par la presse, était faux à 99 %. Le seul tort de Roger Delpey était de savoir des choses.  Depuis son décès, il y a d’ailleurs des gens qui rôdent autour de sa maison, mais je n’en dirai pas davantage aujourd’hui. » 
Du côté de sa famille Roger Delpey laisse derrière lui un neveu, des petits enfants et un fils qu’il a peu connu et emporte dans la tombe bon nombre de secrets.

Ludovic LUPPINO
Echo régional du 9 janvier 2008