A 54 ans, Gérard Pujol est un homme brisé. Du jour au lendemain, cet ancien artisan-tapissier a tout perdu en plaçant son argent à la banque. La faute à un chargé de clientèle peu scrupuleux qui en quelques semaines, a endetté son client à hauteur de 3 millons d’euros.

Grâce à sa banque, Gérad Pujol aurait pu être millionnaire. Mais le voici aujourd’hui tout simplement ruiné. Pour éponger ses dettes, cet artisan tapissier a dû liquider sa société. Ses employés ont été licenciés, et sa maison hypothéquée. Les ennuis de Gérard Pujol remontent à fin 1999 quand il livre ses économies à un conseiller financier de l’UBP. Au début, le marriage est heureux, très prometteur même, et rien n’augure la catastrophe à venir. Le chef d’entreprise de St-Ouen-L’Aumône place près de 500 000 francs sur un PEA, un plan d’épargnes en actions, destiné à favoriser l’investissement boursier pour les particuliers. En deux semaines, les 500 000 francs se transfoment en un véritable tas d’or, jusqu’à atteindre la somme de 2,5 millions de francs. Une réussite qui va griser le chargé de clientèle, à tel point que ce dernier a passé des ordres démesurés, sans mandats et sans signatures de son client. « A titre d’exemple, on peut citer un ordre d’achat d’actions TF1, pour une somme de 52 millions de francs, qui a eu pour l’anecdocte, l’effet de faire chuter le cours de l’action TF1 », confie Olivier Linday, l’avocat de Gérad Pujol. En pleine implosion de la bulle internet, le dérapage est inévitable. « Comment un simple chargé de clientèle, qui plus est stagaire, peut prendre des initiatives de cette importance en relation avec une salle de marché », s’interroge M. Pujol. En avril 2000, le compte PEA affiche alors une position débitrice de 19 millions de francs. A l’UBP, tous les voyants sont aux rouge et la direction met en demeure Gérard Pujol, à qui l’on demande de combler les pertes.

Un chargé de clientèle, stagiaire, et inexpérimenté

Cette descente aux enfers va conduire Gérard Pujol à porter l’affaire devant la justice pénale et la COB, la commission des opérations de bourse. En 2001, lors de la première instruction au Tribunal de Grande Instance de Pontoise, les déclarations du chargé de clientèle vont faire l’effet d’une bombe. A la question du juge : « Quelles étaient vos connaissances des marchés financiers ? ». Ce dernier répond : « Si on devait m’évaluer sur une échelle de 0 à 10, mes compétences se situaient aux alentours de 2 sur 10. Je connaissais surtout les SICAV ». En octobre 2006, la Cour d’Appel de Versailles a reconnu les fautes de la banque. Le verdict est accablant. L’agence n’a pas fait signer les ordres d’achats et de ventes de titres à son client, et elle ne s’est pas renseignée sur les connaissances boursières de celui-ci. De son côté, Gérad Pujol aurait sa part de responsabilité dans la phase liquidative de son compte. Résultat, la banque a indemnisé M. Pujol pour un montant d’1,4 millions d’euros. Mais dans le même temps, ce dernier a lui aussi été condamné à verser 3 millions d’euros à sa banque. « On a l’impression que la justice a souhaité condamner la banque mais pas complètement », analyse l’ex-chef d’entreprise. Des règles élémentaires ont-elles été enfreintes ? Non affirme la banque, qui n’a pas souhaité s’exprimer publiquement. La justice aura le dernier mot le 12 février prochain, devant la Cour de Cassation.

Christophe Obry