Elisabeth et Philippe Schmitt ont adhéré à l’APACS, présidé par les parents d’une victime du tueur en série Guy Georges.

Philippe Schmitt a crapahuté depuis le 25 novembre 2007, jour tragique où sa fille Anne-Lorraine a été tuée dans une rame RER à Louvres. Sa campagne de sensibilisation sur le thème de la récidive a fait son effet. Un amendement a été ajouté au projet de loi sur la Rétention de sûreté (examiné ce mercredi au sénat). Il s’était indigné en apprenant que le texte ne concernerait que les auteurs de crimes sexuels sur des mineurs. Son appel a été soutenu par une poignée de parlementaire. Désormais le projet de loi concernerait aussi les crimes sur des adultes. « Mon épouse et moi-même sommes satisfaites par ce projet de loi qui nous semble aller dans le bon sens parce qu’il peut gêner les projets des récidivistes », se félicite le père de la victime. « Nous attendons le vote du Sénat, mais cette première procédure d’adoption de la loi nous conforte dans notre action. Même si nous avons été ulcérés par l’intervention du sénateur Badinter, qui s’est indigné d’une telle loi dans un total mépris des familles de victime. » Le père a d’ailleurs proposé un débat que l’élu a refusé par un complet dédain.

Rien pour autant qui ne puisse décourager le chef de famille. Il a repris du poil de la bête, depuis que son intervention auprès des élus s’est avérée payante. Il n’aura jamais baissé les bras. Il ne le fera jamais. Question d’honneur et d’engagement pour sa défunte fille. Avec son épouse Elisabeth, ils ont choisi d’adhérer à une association de victime, l’APACS, association pour la protection contre les agressions et crimes sexuels. Présidée par Jean-Pierre Escarfail, père de Pascale, première victime égorgée par Guy Georges, elle multiplie depuis 2001 les actions pour sensibiliser le législateur et le gouvernement sur l’extrême importance à accorder à la prévention contre la récidive des criminels sexuels. « Le texte proposé par l’Assemblée permet de soigner les condamnés les plus dangereux dans des centres spécialisés, il contribuera à épargner des vies innocentes même si l’APACS reconnaît que le risque zéro n’existe pas. En revanche, remettre à quinze ans l’application de cette loi comme le propose le Sénat, c’est condamner à mort plusieurs centaines de femmes et d’enfants », déclare l’association dans un communiqué. « Les parents d’enfants disparus ou de jeunes filles tuées, les victimes de viol lorsqu’elles ont pu en réchapper, ont de grandes difficultés à se reconstruire. Vingt pour cent de ces dernières font des tentatives de suicide et trop nombreuses sont celles qui réussissent », précise l’association. « Le texte de loi renforce les droits de l’Homme puisqu’il est conçu comme un instrument de protection des victimes contre l’arbitraire de l’agression et qu’il protège le délinquant sexuel contre lui-même. Il constitue une application directe du principe de précaution inscrit dans notre constitution. Il n’institue pas une peine mais une mesure de sûreté. »

Le système à remettre en cause

Le quotidien du couple Schmitt est de se battre pour que la mort de leur fille ne soit pas banalisée. « Notre action s’inscrit dans un travail collectif. Il consiste à sauver des innocents. A permettre à des jeunes filles et femmes de prendre un train un dimanche matin et tout autres jours de la semaine sans qu’elles ne puissent êtres agressés, encore moins par un individu repéré pour ses faits », explique le chef de famille qui n’hésite pas à remettre en cause le système à travers la notion de responsabilité. « Que ceux qui prennent les décisions les assument pleinement. On se souvient de cette célèbre phrase : "responsable mais pas coupable". En matière de crime, la mode serait plutôt au " Coupable mais pas responsable ", s’indigne-t-il. « Plus je prends connaissance du dossier judiciaire de ma fille, plus je suis persuadé qu’Anne Lorraine a été mise en danger par un système pénal protégé. Je suis militaire de carrière. Lorsque je mets mes hommes en danger, je dois en répondre devant ma hiérarchie », souligne le colonel d’active.

Il s’interroge aussi sur la sécurité dans les trains de banlieue. « La sécurité dans les trains doit-être étudiée. Il faut en finir avec ces cages closes dont on ne peut sortir et qui ne sont pas reliées comme dans les rames des grandes lignes. Pourquoi ne pas condamner certains wagons pour que les voyageurs se retrouvent regroupés dans une seule voiture. Si ma fille n’avait pas été seule avec ce lâche individu, il n’aurait sans doute pas agi. Il faut également équiper l’ensemble des gares de caméras qui peuvent s’avérer dissuasives. Seulement le Conseil régional d’Ile-de-France s’y oppose », regrette le père d’Anne-Lorraine.

Depuis le drame, le couple et le reste de sa famille travaillent également à sa reconstruction. L’idée de quitter la région lui a traversé brièvement l’esprit. « Si quelqu’un doit quitter la région ce n’est pas nous. En tout cas ce n’est pas le meurtrier qui nous ferait partir. Si l’on venait à le faire ce ne serait pour ces circonstances. De plus Anne-Lorraine repose désormais à Orry la Ville, un lien qui nous attache plus encore à ce village et la région », insiste et précise Philippe Schmitt « Lorsque l’on parle de victime, le sens est large. Il y a certes la personne touché directement par les faits, mais il reste aussi la famille. Il y a les parents les frères et sœur et les grands parents qui sont souvent les plus fragiles et qui restent très touchés par la peine. Une chose que l’on devrait prendre plus en considération. Ce que fait notamment l’APACS », ajoute t-il « Dans la famille, il y a d’abord une solidarité collective. Nous formons un groupe croyant, ou la foi dans la vie et l’espérance ont un rôle très important. Pour certains la thérapie passe par le travail, pour d’autres par l’engagement associatif. » De nombreux courriers arrivent au quotidien au domicile d’Orry la Ville. Pas moins de 2000 lettres et e-mail ont été envoyés depuis la tragédie. « Des lettres qui ne sont pas seulement des messages de compassion et de sympathie mais surtout de soutien dans l’action que nous menons. Je constate ainsi qu’il y a un véritable chiisme entre les inspirations publiques à plus de sécurité et de prévention et les discutions d’une certaine intelligentsia, qui préfère relâcher les criminels plutôt que de les voir en prison, au nom de la liberté individuelle, que ma fille aurait aussi aimé bénéficier. Je répète qu’Anne Lorraine a été tuée de 34 coups de couteau en 6 minutes par quelqu’un déjà connu pour un précédent viol sur la même ligne de train. Jugé, son cas avait été banalisé par une peine de 5 ans. Il a donc obtenu une certaine clémence. » La famille d’Anne Lorraine a pris pour avocat Bruno Drye bâtonnier de Senlis.

Fabrice CAHEN