La cote des peintres de l’école de Barbizon et celle des pré-impressionnistes de l’école de Pontoise-Auvers-sur-Oise n’a pas été amenuisée par la crise, constatent des commissaires-priseurs.
A Pontoise, Me Denis Antoine conseille même ce type d’investissement qui associe plaisir esthétique et bonnes affaires.

 VOnews : – Me Denis Antoine, depuis une quinzaine d’années, vous avez multiplié les ventes aux enchères de peintures pré-impressionnistes et – avec votre collègue parisien Patrick Deburaux -, celles de l’école de Barbizon. Est-ce que la crise ne fait pas fuir les acheteurs ?

Me Denis Antoine : – Bien au contraire. Ce dernier week-end des 6 et 7 décembre, il y avait foule à la salle des fêtes de Barbizon pour une vente de presque deux cents toiles. Les plus belles ont largement dépassé leurs estimations, comme une grande toile de Léon Richet (1847-1907) qui était estimée entre 12 et 15 000 euros et qui a été adjugée 32 000 euros. Il est vrai que cet important tableau de 114 X 163 cm avait été exposé au Salon de la Société des artistes français de 1902.
Un magnifique Trouillebert, « Bord de rivière au passeur » a atteint 22000 euros, le double de l’estimation. Et que dire de la plus forte enchère de la vacation avec l’un des meilleurs tableau de Jules Noël, « Coup de vente au Tréport », adjugé 42 000 euros, quatre fois l’estimation !
Un bon « Pâturage sous les grands arbres » de Léon-Victor Dupré (frère de Jules Dupré) a atteint 11 000 euros (photo). Un « Retour du troupeau » de Louis-Aimé Japy (photo), 17 000 euros.
Il est clair que l’intérêt des amateurs ne se dément pas. En d’autres termes, la crise épargne la peinture pré-impressionniste du XIXe siècle.

 VOnews : – Qui sont ces acheteurs toujours solvables malgré la crise ?

Me Denis Antoine : – Ce sont des amateurs éclairés qui apprécient une peinture de qualité dont les prix restent accessibles. Les bons artistes pré-impressionnistes de l’école de Pontoise-Auvers-sur-Oise, à commencer par leur précurseur, Charles-François Daubigny, voient leur cote progresser lentement, année après année, quelle que soit la conjoncture. Ils demeurent les seules peintres encore accessibles depuis les sommets atteints par les impressionnistes et les peintres paysagistes anglais du XIXe siècle. Les Américains et les Japonais ne s’y trompent pas. Beaucoup font spécialement le voyage à Barbizon deux fois par an pour les ventes organisées par Me Patrick Deburaux, ou laissent des ordres pour certaines pièces vendues à Pontoise. Des amateurs toujours plus nombreux, un marché qui forcément se contracte avec les achats des musées : on voit mal comment la cote pourrait baisser !

VOnews : – Faut-il dépenser entre 10 000 et 40 000 euros pour devenir l’heureux propriétaire d’une toile pré-impressionniste ?

Me Denis Antoine : – Comme le week-end dernier à Barbizon, on peut acquérir des dessins d’une pléiade de bons artistes pour quelques centaines d’euros, de bonnes aquarelles à 500 ou 600 euros, de bons tableaux à moins de 3000 euros…

 VOnews : – Par exemple ?

Me Denis Antoine : – Un lavis d’encre de l’estimé Henri-Joseph Harpignies (1819-1916), « Chasseurs dans la clairière » a été adjugé 720 euros. L’acquéreur a fait une bonne affaire. Une belle gouache de Ludovic Piette (le meilleur ami de Pissarro), a été adjugée 2500 euros. Une très bonne huile sur toile d’Alexandre-René Véron (1826-1897), « Cour de ferme aux environs d’Osny », a été adjugée 2 800 euros. Je ne cite que ces quelques exemples, mais si vous regardez le catalogue de la vente, vous verrez que nombre de bons tableaux pré-impressionnistes ou de l’école de Barbizon se sont vendus entre 2500 et 4 000 euros. Pas mal de couples peuvent s’offrir un de ces oeuvres pour Noël ou pour un anniversaire important, par exemple. Elle sera une source d’émotion esthétique, et le jour venu, ils pourront la revendre sans difficulté.

VOnews : Et pour ceux qui ont raté la vente de Barbizon ?

Me Denis Antoine : – Il y en a bien d’autres. Par exemple à Pontoise ce prochain week end des 13 et 14 décembre…