L’association des photographes indépendants multiplie les initiatives contre un décret du ministre de l’Intérieur qui prévoit d’équiper 2000 mairies pour réaliser « en direct » les photographies d’identité destinées aux passeports biométriques. Les protestataires estiment à 10% leur future perte de chiffre d’affaires.

 Jeudi 11 décembre, lorsqu’il a entendu sur Télématin que la mairie de Chantilly (Oise) s’apprêtait à expérimenter une machine pour réaliser les photographies d’identité « immédiates et gratuites », le sang de Sylvain Piriou (photo) n’a fait qu’un tour. « C’est vraiment n’importe quoi ! Pourquoi pas, aussi, un service gratuit de reproduction de clefs et de réparation de chaussures express à la mairie ? Pourquoi les préfectures ne commencent-elles pas à vendre les voitures avec les cartes grises ? »

La raison de la colère de cet artisan photographe de Pontoise : un décret du 30 avril dernier qui institue des « stations biométriques » dans 2 000  mairies et 500 préfectures et sous-préfectures. Toutes appelées à réaliser des prises de vue gratuites pour les demandeurs des nouveaux passeports biométriques. Sylvain Piriou, le photographe de Pontoise, estime que cette concurrence inattendue lui fera perdre 10 % de son chiffre d’affaires. « C’est d’autant plus choquant que les pouvoirs publics nous avaient incités à moderniser notre équipement pour nous adapter aux nouvelles contraintes de la photographie d’identité biométrique ».

Il n’est pas le seul à protester. La colère des photographes artisanaux ou industriels comme « Photomaton » est relayée par une des plus anciennes associations françaises : le GNPP, ex-CSPP, Chambre Syndicale de la Photographie Professionnelle, créée en 1862, par Félix Tournachon (mondialement connu sous son nom d’artiste-photographe, Nadar). « A l’époque, la photographie n’était pas protégée et les imprimeurs pouvaient utiliser gratuitement les photographies sans autorisation, raconte le président Ile-de-France  de la GNPP, Guy Larra. La Chambre Syndicale a donc été créée pour défendre les droits des photographes de l’Ile de France, et bientôt des photographes installés sur le territoire national et également ceux des colonies ». 

Devenue en 1946 le GNPP, Groupement National de la Photographie Professionnelle, l’organisation estime que la municipalisation des photographies biométriques fera perdre quelque 2 000 emplois à la profession. Elle l’a répété à Eric Voerth, ministre chargé du Budget et maire de Chantilly samedi dernier. Une cinquantaine de photographes indépendants ont fait le siège de la mairie. Et le GNPP a déposé un recours en annulation du décret devant le Conseil d’Etat…