L’expulsion de clandestins par des vols réguliers depuis Roissy vers l’Afrique continue de susciter des incidents avec des passagers. Trois philosophes français viennent d’en faire les frais.

Trois philosophes français, Pierre Lauret, directeur de programme au collège international de philosophie, et ses collègues Sophie Foch-Rémusat et Yves Cusset, devront rendre des comptes à la police et à la justice sous l’accusation d’obstruction à l’expulsion judiciaire d’un Congolais clandestin, dans le vol de Roissy vers Kinshasa.

Le 16 décembre, les trois philosophes se rendent à Kinshasa (République démocratique du Congo) pour un congrès consacré à « La culture du dialogue, les frontières et l’accueil des étrangers ». En montant dans l’avion d’Air France, ils aperçoivent au fond de l’appareil un clandestin menotté entouré de cinq policiers. Selon Pierre Lauret, 51 ans, les trois philosophes se sont contentés de demander aux policiers des explications sur le menottage du passager en instance d’expulsion. Selon les policiers, ils ont vite haussé le ton, au point que Pierre Lauret et un autre passager ont été débarqués de l’avion à l’initiative du commandant de bord,. Après une garde à vue, le philosophe s’est vu notifier des poursuites pour entrave à l’exécution d’une décision de justice et convoqué le 4 mars prochain au tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

 Sophie Foch-Rémusat et Yves Cusset , ses deux compagnons de vol, ont été appréhendés par la police à leur retour de Kinshasa à Roissy lundi 22 décembre et placés en garde à vue pour les mêmes motifs. Ils n’ont pas hésité à rendre l’affaire publique. L’avion d’Air France pour 2inshasa de la veille n’avait pas pu décoller, déjà en raison d’une protestation générale des passagers. Il apparaît que les expulsions sur les vols réguliers donnent lieu à nombre d’incidents, même si la plupart n’ont pas d’écho (photos d’archives).

Pour l’administration française, l’expulsion d’un clandestin est difficile à obtenir des tribunaux, et particulièrement coûteuse (21 000 euros par expulsion). Encadrés de policiers nombreux et nerveux, menottés, les clandestins n’ont pas grand-chose à perdre et sollicitent souvent le soutien des voisins de siège. Pour prévenir des incidents, les passagers de ces vols se voient remettre avant l’embarquement une notice signée du directeur de la Police de l’air et des frontières (PAF) de Roissy détaillant les peines auxquelles s’exposent les auteurs d’entrave à une décision judiciaire d’expulsion : jusqu’à 5 ans de prison et 18 000 euros d’amende. Une notice qui, visiblement, n’impressionne pas tous les passagers…