Les évaluations des CM2, effectuées en janvier et très décriées, ont livré leurs résultats. Dans le Val d’Oise, près d’un tiers des élèves n’ont pas la moyenne en français contre 25% au niveau national. Ils sont 45% en mathématiques, 35 sur l’ensemble du territoire. Pour le SNUipp95, ces résultats confirment que « le département est en train de décrocher. »

 En France métropolitaine, le Val d’Oise, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne et la Seine-et-Marne sont les cancres des évaluations des élèves de CM2, effectuées en janvier dernier. Critiquées pour leur correction binaire, « inexploitable pédagogiquement » selon le SNUipp, elles permettent néanmoins de dresser un bilan approximatif de la situation dans le département.

L’ensemble des résultats est disponible sur le site de l’Education Nationale. Dans le Val d’Oise, 10% des élèves de CM2 sont en grande difficulté en français et « bénéficieront d’une aide spécifique ». Ils sont 22% en maths. La solution prônée par le ministère est donc le soutien scolaire, notamment mis en place aux prochaines vacances de Pâques. « Il faut arrêter de chercher des solutions hors temps scolaire » martèle Kamel Ould Bouali, responsable du principal syndicat du premier degré, SNUipp95. Il voit à travers ces résultats la preuve du bien fondé des différents combats menés ces derniers mois, notamment pour le maintien des RASED (Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté) et l’augmentation de la dotation d’enseignants pour la rentrée prochaine.

Au sein de l’académie de Versailles, le Val d’Oise est bon dernier. Un bonnet d’âne qu’explique Kamel Ould Bouali par la situation paradoxale du département : rattaché à une académie considérée « riche » au niveau national, il est sous doté en nombre d’enseignants.

Retrouvez les résultats du Val d’Oise et nationaux sur le site de l’Education Nationale.

INTERVIEW DE KAMEL OULD BOUALI
RESPONSABLE DU PRINCIPAL SYNDICAT DU PREMIER DEGRE, SNUIPP95

« Le Val d’Oise est en train de décrocher »

VOnews.fr: Quelle est votre réaction à l’annonce de ces résultats mauvais pour le Val d’Oise ?

Kamel Ould Bouali : Déjà, ces résultats ne sont pas exploitables au niveau des écoles. La correction binaire, soit tout bon soit tout faux, ne permet pas non plus une exploitation pédagogique pour savoir d’où vient l’erreur. Avant, lors des évaluations de ce type nous avions 4 paliers. Enfin ces résultats présentent le risque de voir désormais préparer les élèves pour les évaluations et si on note une progression dans les résultats on dira que c’est grâce au ministère…

Quelles sont les premières interprétations pour le département ?

Kamel Ould Bouali : Ces résultats sont néanmoins significatifs. Le Val d’Oise est en train de décrocher. Le département présente des disparités géographiques, sociales importante. Cette spécificité n’est pas reconnue au niveau du ministère. Par exemple, le critère du nombre d’enseignants par nombre d’élèves (« le P/E ») n’a pas de sens dans le Val d’Oise puisqu’il y a des petites écoles rurales où il peut y avoir 1 enseignant pour 14 élèves et d’autres urbaines avec un ratio de 1 pour 25.  Au niveau des enseignants, ces résultats questionnent tout le monde.

Comment expliquer ces résultats ?

Au sein de l’académie de Versailles, le Val d’Oise est à la traine et les décisions ne rassurent pas quant à l’avenir. Ce département a des besoins, nous ne cessons de le répéter depuis longtemps. Il y a un manque criant de prise en considération de ces besoins. Au niveau national, l’académie de Versailles est considérée comme « riche », elle est donc dans le bas du tableau en ce qui concerne la dotation d’enseignants. L’année dernière, elle était avant-dernière pour le taux d’encadrement.

Quelles sont les solutions pour ne pas voir le Val d’Oise totalement décroché ?

Il y a 2/3 jours, chaque école a reçu une information sur les stages de remise à niveau pour les prochaines vacances. Hier, ces résultats sont rendus publics. Cette façon de procéder montre la volonté du ministère d’apporter des solutions hors temps scolaire ce qui nous ne semble pas adapté.

Par exemple, plus un enfant est scolarisé tôt, plus il a de chances de réussir. Or, à la rentrée prochaine nous perdons 500 enfants de 2 ans et demi à trois ans par rapport à la rentrée 2007, où ils étaient 2000. Cette perte concerne surtout les secteurs comme Sarcelles ou Garges-lès-Gonesse.  La prévention est en train de perdre du terrain.

De même pour les RASED. Cette année nous avons  293 postes, 43 seront supprimés en septembre contre 86 prévus avant la mobilisation. On constate qu’il y a un échec mais on ne fait par dans la prévention.

Pareil au niveau de la dotation du nombre d’enseignants. Dans le Val d’Oise, nous accueillerons 1103 élèves supplémentaires à la rentrée dans le primaire et nous avons une dotation de 10 enseignants, soit un enseignant pour plus de 100 élèves.