Le réalisateur Alain Tasma tourne actuellement, dans les Coteaux d’Argenteuil, «  Vous êtes leur crainte », une fiction de quatre vingt dix minutes, produite par Cipango pour France Télévision, sur un scénario d’Emmanuel Carrère d’après le roman Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte de Thierry Jonquet.

Anne Doblinsky (Anaïs Demoustrier), jeune professeur de lettres, de confession juive, commence sa carrière dans un collège difficile de banlieue, où la brutalité verbale et physique reste le seul moyen d’expression de l’angoisse et de la désespérance d’une génération sacrifiée. Anna s’attache particulièrement à l’un de ses élèves, Lakdar Abdane (Samir Seghir), garçon sensible et réfléchi, et dessinateur prometteur. Cet enfant de la malchance perd définitivement, dans une chute accidentelle, l’usage de sa main droite et tout espoir de devenir un artiste accompli. Qu’importent les paroles consolatrices de sa tante Zora (Leila Bekhti) et de sa bienveillante enseignante Anna. L’horizon n’amasse que les nuées sombres. La tête implose sous les idées noires. Lakdar tombe sous l’influence de Slimane (Azdine Keloua), son mauvais génie, qui lui ouvre les portes incandescentes de l’enfer.

Avec un titre emprunté à Victor Hugo, « Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte » (Editions du seuil, 2006) est le dernier livre de Thierry Jonquet, né le 19 janvier 1954 à Paris, dans une famille ouvrière, et mort le 9 août 2009 à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière des suites d’une crise d’épilepsie. Un livre testament où Jonquet, comme dans « Moloch » et dans « Les Orpailleurs », confectionne, dans une atmosphère d’humour noir et de suspens permanent, un subtil mélange de faits divers et de problèmes de société, de vérités scientifiques et de phénomènes paranormaux, d’observations factuelles et de constats politiques.  Les éditions du Seuil ont reculé la date de parution de cet ultime roman parce que Jonquet fut accusé, encore une fois, d’exploiter l’ignoble mise à mort d’Ilan Halimi à Bagneux. Ce livre suscite, de fait, un profond malaise  parce qu’il met en scène ces obscures arènes des cités d’exclusion où se livre, chaque jour, une bataille fratricide entre boucs émissaires et victimes expiatoires, ces abcès de fixation du fanatisme religieux et du racisme ordinaire, des faillites pédagogiques et des violences quotidiennes, où même le mot amour écorche les oreilles saturées de paroles de haine.Copyright © Mustapha Saha