Le courant ne passe plus entre le maire PS d’Argenteuil et ses élus communistes. Après le boycott du dernier conseil municipal, ces derniers viennent de distribuer un tract tiré à 40 000 exemplaires dans lequel ils évoquent des « dysfonctionnements » dans la majorité municipale. De son côté, l’adjointe au maire (MUP) Marie-José Cayzac s’en prend ouvertement au maire sur sa page Facebook. C’est le retrait de délégation à une adjointe qui semble avoir mis le feu aux poudres. Au cabinet du maire, on calme le jeu. Le retrait de la délégation de Rachida Habri n’est autre qu’une mise en « stand by » en attendant un entretien entre le président du groupe PCF et le premier magistrat de la ville.

 Le torchon brûle entre communistes et socialistes à Argenteuil. S’ils affirment vouloir « rester une majorité plurielle », les communistes évoquent des « relations extrêmement tendues » avec la majorité socialiste et en particulier avec le maire et son cabinet. « Nous arrivons bientôt à mi-mandat et tout part à vau-l’eau, regrette Mouloud Bousselat, président du groupe communiste au conseil municipal. Philippe Doucet ne m’adresse plus la parole depuis un mois. » Pour expliquer cette absence de dialogue, chacun se renvoie la balle. Le cabinet du maire reproche aux élus PCF de pratiquer la politique de la chaise vide tandis que Mouloud Bousselat indique ne pas être convié aux réunions de la majorité.

Une nouvelle délégation retirée

De cette empoignade, Rachida Habri en a fait les frais. Adjointe en charge de la vie des quartiers, elle a vu sa délégation retirée hier, la troisième depuis le début de mandat de Philippe Doucet après celles de Faouzi Lamdaoui et de Laura Benoumechiara. Pour le cabinet du maire, ce retrait n’est autre qu’une mise en « stand by », en attendant un entretien entre Mouloud Bousselat et le premier magistrat de la ville pour clarifier la situation entre les groupes. Mais les communistes ne l’entendent pas de cette oreille.  « Il y avait le mensonge d’état à la Sarkozy, il y a le mensonge argenteuillais: un maire qui retire une délégation et qui "courageusement" prétend l’avoir discuté avec son président de groupe! » s’insurge Marie-José Cayzac sur sa page Facebook. Même son de cloche du côté de Mouloud Bousselat qui parle de « dérive autocratique du pouvoir ». « Nous avons certes des divergences et cela s’est manifesté parfois lors des votes au conseil municipal (implantation de l’école alsacienne par exemple, NDLR) mais là nous ne comprenons pas cette attitude, poursuit-il. Il n’y a aucune logique à mettre le feu à quelques mois d’une échéance électorale. »

Eviter une campagne électorale chaotique

 Pour la mairie cela ne fait aucun doute, un rapport de force est en train de se mettre en place à l’approche des cantonales entre communistes, « poussés par leur base », et socialistes sûrs d’agir « en responsabilité. » Pour les élus PC, « si jamais Philippe Doucet ne rétablit pas le dialogue, il irait vers une situation très complexe sur Argenteuil. » Car cette bataille de tranchée au sein de la majorité pourrait entrainer une campagne électorale difficile, où les divisions s’afficheraient au grand jour. Les règlements de compte sur la place publique n’ont jamais facilité le report de voix d’entre deux tours. Une éventualité que la gauche départementale, qui détient le Conseil général pour un petit siège, ne doit pas ignorer. « La gauche argenteuillaise peut être unie ou pas. Sans les communistes, la gauche n’a pas d’élus sur la ville, c’est clair » martèle Marie-José Cayzac.

Les communistes entendent bien présenter leurs propres candidats sur Argenteuil. Ainsi, Mouloud Bousselat serait pressenti sur Argenteuil-Ouest et Rachida Habri sur Argenteuil-Nord, le canton de Philippe Doucet. « S’il a retiré la délégation de Rachida Habri, à cause de son éventuelle candidature sur le canton d’Argenteuil-Nord, ce serait mesquin et petit mais je n’ose y croire » ajoute Marie José Cayzac. Le cabinet du maire, lui, écarte tout lien entre cette candidature et le retrait de la délégation.

Problèmes d’égo ou problèmes politiques ?

Cette crise épidermique cache-t-elle de véritables désaccords sur le fond ? Les reproches faits au maire d’Argenteuil sont nombreux mais concernent plus la gestion et la direction des affaires que l’orientation de la politique publique. Selon le cabinet du maire, il n’y aurait pas de réels problèmes politiques. « La preuve : quasiment toutes les délibérations sont votées par Lutte Ouvrière et les autres personnalités de la vie locale qui composent la majorité » appuie-t-il. Les décisions et les orientations politiques sont discutées lors des réunions de la majorité. « Or les communistes n’ont pas assisté aux deux dernières ni au conseil municipal du 4 octobre, précise un proche du maire. La politique de la chaise vide a ses limites. » Le clan socialiste se montre plutôt confiant. Une récente étude d’opinion réalisée auprès des habitants a validé, à ses yeux, la politique menée depuis l’arrivée de Philippe Doucet aux commandes. « Aujourd’hui Argenteuil est socialiste n’en déplaise aux communistes, ajoute un membre du cabinet. Les politiques publiques continuent et continueront de sortir que ce soit avec ou sans eux. »

Le prochain conseil municipal devrait se tenir lundi 15 novembre. La présence ou non des élus PCF donnera les premiers éléments de réponse sur une éventuelle réconciliation.