Au soir du premier tour des élections cantonales dans le Val-d’Oise, de nombreux commentateurs se sont dit stupéfaits par la « percée » des candidats du Front national. Un rapide rappel historique et l’examen des résultats conduisent à relativiser cette « stupéfaction ».
Le Front national a déjà réalisé des scores élevés en 2004 et surtout en 1998, mais à l’époque le taux de participation beaucoup plus important avait servi de barrage pour une qualification au deuxième tour. Dimanche, on notera aussi des contre-performances des candidats frontistes à Garges-les-Gonesse et, c’est aussi un enseignement, à Argenteuil où les candidats de l’UMP ont réussi à mobiliser leur camp. Des constats qui démontrent que « l’envolée » du FN n’a rien d’une fatalité.

Le vote FN dans le Val-d’Oise a connu depuis trente ans des hauts et des bas. Des sommets lorsque le discours du parti de Jean-Marie et Marine Le Pen est banalisé et lorsque l’abstentionnisme vogue vers des sommets. Des creux lorsqu’au contraire le parti de la droite extrême est marginalisé par des scrutins dynamiques où le clivage traditionnel gauche-droite focalise l’attention. Sans vouloir minimiser les réelles percées du FN dans certains cantons, il faut se remémorer les précédents scrutins.

Les résultats de 2004…

Au premier tour des cantonales de 2004, le 21 mars,  les candidats du FN réalisaient des scores importants dans le Val-d’Oise A Argenteuil-Nord, Thérèse Brochard attirait 14,80 % des suffrages exprimés. A Argenteuil Ouest, Michèle Bruna, militante de longue date du FN, faisait mieux encore : 16,52%. A peine plus qu’Eric Hedry dans le canton de Beaumont : 16,36 %. A Ecouen, Lydie Braconnier obtenait 15,60%. A Franconville, Yveline Clément 14,81%. Mais la palme revenait à Michel Dubois, alors le « patron » du FN du Val-d’Oise qui obtenait 21,80 % à Gonesse. Quand à Roger Eliman, dans le canton de Montmorency, il obtenait 16,30%. Ailleurs, les scores des candidats frontistes oscillaient entre 11 et 13%. Des résultats qui étaient, on le voit, déjà élevés.

… et ceux de 1998

Mais c’est aux élections précédentes de mars 1998 que le parti de Jean-Marie Le Pen avait obtenu ses meilleurs scores. La palme revenait alors à Jean-Luc Vazeilles qui obtenait rien moins que 30,09% dans le canton de Garges-Est. Et encore avait-il eu la concurrence de Louis Girard, le vétéran de l’extrême droite en Val-d’Oise qui obtenait 6,19%. Au eux deux, ils totalisaient ainsi plus de 36 % des suffrages exprimés.

Des scores déjà élevés

Ailleurs, les candidats du FN caracolaient déjà dans les trois premiers du classement. Ainsi à Argenteuil Nord, en 1998 si on additionnait les suffrages du FN (19,68%) à ceux de Louis Girard (qui s’était présenté dans plusieurs cantons et obtenait ici 4,89%), le total de l’extrême droite dépassait 25%. A ArgenteuilOuest, Michèle Bruna obtenait presque autant : 24,94%.
Curiosité du scrutin de dimanche dernier : le parti de Marine Le Pen obtient à Argenteuil des scores parmi les moins bons du Val-d’Oise :  16,7 % à
Argenteuil-Nord et 17,7 % à Argenteuil-Ouest. A l’évidence, les campagnes menées par les deux candidats UMP Georges Mothron et Xavier Péricat leur ont évité de voir le FN « leur tondre la laine sur le dos ».

Plusieurs contre-performances relatives du FN dimanche dernier

Dimanche dernier, à la « soirée élections » du Conseil général, on écarquillait les yeux devant le score de Yves Colla dans le canton de Beaumont.  Avec 23,4% des suffrages exprimés, il élimine le candidat socialiste Emmanuel Maurel et se
retrouve dans un duel au second tour avec le sortant UVO Arnaud Bazin. Mais le
score du Front national a toujours été élevé dans ce canton. En 1998,
Marie-Thérèse Philippe, à l’époque la « valeur phare » du FN dans le Val-d’Oise
et à Pontoise obtenait déjà 20,80% dans ce canton de Beaumont.

Le bon score d’Alexandre Simonnot

Le canton de Franconville montre que le nouveau patron du FN du Val-d’Oise a
obtenu un résultat supérieur aux « pics » précédents : avec 22,4%, Alexandre
Simonnot a signé dimanche un des meilleurs scores frontistes, tout en restant
très largement distancé par le conseiller général socialiste sortant et par la
Première adjointe au maire UMP  Marie-Christine Cavecchi.

D’autres déconvenues du FN

Par contre dans le canton de Garges-Est Claude Tchalekian réalise une contre-performance : 14 % alors que, nous l’avons vu, l’extrême droite totalisait 36% des voix en 1998 et 13,40% en 2004.

A Sarcelles-Sud Ouest, où la participation électorale a été catastrophique (20,5%) Reine Bence pour le FN n’obtient que 16,9%, ce qui, en raison du faible résultat du candidat de droite (11,7%) suffit à la placer pour un duel au second tour avec le sortant Didier Arnal, président (PS) du Conseil général.

Deux exemples qui, comme ceux d’Argenteuil, démontrent que « l’envolée » du FN n’a rien d’une fatalité.