AVISHAI COHEN
>jazz

En 2009 Avishai Cohen présentait Aurora. Avec cet opus au charme enivrant, le contrebassiste, compositeur, pianiste et arrangeur ajoutait une nouvelle corde (vocale) à son art déjà (très) protéiforme : le chant, un talent qu’il avait discrètement disséminé sur certains de ses disques, mais qu’il affirmait pour la première fois haut et fort.

L’Israélien prenait tout le monde de court, public et spécialistes dans le même sac à malices. Si la musique traditionnelle juive irriguait depuis longtemps ses compositions, Aurora présentait le talent d’Avishai Cohen sous un jour nouveau : derrière le compositeur au lyrisme baladeur, derrière l’instrumentiste phénoménal, derrière la bête de scène faramineuse, derrière celui que Chick Corea qualifie de génie, derrière le musicien que Down Beat définit comme un visionnaire du jazz, se cachait un vocaliste délicat et au parfum cosmopolite, entre cultures hébraïques et arabo-andalouses.

Truffaut disait du Citizen Kane d’Orson Welles qu’il résumait tous les films et préfigurait tous les autres. Cette idée, il est tentant de l’appliquer à Seven Seas à l’échelle de la discographie d’Avishai Cohen : l’opus mélange toutes les voies et voix explorées par l’artiste depuis ses débuts et son arrivée fracassante sur la scène new-yorkaise au début des années 90 où Chick Corea l’a rapidement pris sous son aile. Mais surtout, il annonce et présente un art de la composition (encore plus) ambitieux, subtil et raffiné, tout en conservant l’énergie, la fougue et l’émotion qui faisaient la marque de fabrique de l’écriture de l’Israélien. Seven Seas plonge dans un voyage auditif mirobolant, où minimalisme et magnitude dialoguent sans hiatus, un trip quasi cinématographique où une fois passé le générique inaugural à la nostalgie joyeuse, on navigue d’îles rythmiques en continents sonores pour finir sur un traditionnel "ladino" entonné piano-voix par la voix intense d’Avishai Cohen.

Avec Seven Seas, le contrebassiste franchit un nouveau palier dans son ascension artistique. A 40 ans, on pourrait parler du fameux « album de la maturité », si cela ne véhiculait pas une connotation si « sérieuse ». Non, on n’est pas sérieux à 40 ans, et Avishai Cohen conserve toujours son côté « gently disturbed ». Parlons alors plutôt de l’album de la mixité et peut-être que nous approcherons de la réalité d’un disque-odyssée: avec son titre sous forme de clin d’oeil aux légendaires "Sept Mers", Seven Seas s’impose comme l’aventure la plus palpitante et riche en rebondissements de la discographie du musicien israélien.

 

Voix, contrebasse Avishai Cohen • percussions, chant Itamar Doari • piano Shai Maestro


mardi 29 mars – 20h30

L’apostrophe – Théâtre des Louvrais
place de la Paix / Pontoise

informations pratiques
Tarif plein 24 € – tarif réduit 18 € – tarifs abonnés 17 € à 6 €
réservations à L’apostrophe >01 34 20 14 14 – www.lapostrophe.net