Une fois n’est pas coutume, c’est à Argenteuil que s’est jouée la couleur politique du Conseil général du Val-d’Oise. Le PS, qui a gagné sur Herblay et la Vallée du Sausseron, aurait pu conserver sa majorité d’un siège s’il ne s’était pas fait ravir les deux cantons d’Argenteuil, qui avaient pourtant voté 60 % à gauche aux dernières régionales. La droite a également remporté Sannois et Franconville, des cantons villes « historiquement à droite », note Dominique Lefebvre, le patron du PS Val-d’Oise. « Les élections cantonales, ça se gagne canton par canton », souligne Arnaud Bazin, le leader de l’UVO (UMP et non inscrits). Retour sur une folle soirée.
 
 La soirée avait pourtant bien commencé à gauche. D’abord, avec ce premier sondage national sorti des urnes qui donnait un PS à 35%, l’UMP à 19 % et un FN à 10%. De quoi donner des ailes aux socialistes et leurs alliés sur le Val-d’Oise. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, deux cantons – où la gauche espérait l’emporter – tombaient à dix minutes d’intervalle peu avant 21 h 30. D’abord la Vallée du Sausseron où le socialiste Jean-Pierre Béquet l’emporte avec  52.20 % des suffrages et Herblay où Nelly Léon (PS) totalise 51.24 %. A cette heure là, le PS disposait de trois sièges d’avance sur la droite. 
La vapeur s’inverse très vite. Tombe le résultat de Franconville : le président PS du groupe socialise au Conseil général, Gérard Sebaoun, doit s’incliner devant l’ajointe au maire de Francis Delattre. Marie-Christine Cavecchi, qui juge que « le travail de terrain a payé », obtient  52.11% des suffrages. Le groupe UVO va pouvoir enfin accueillir une femme dans ses rangs. Elle ne sera pas la seule. Elle est bientôt rejointe par la candidate de Montmorency Michèle Berthy qui réussi son pari : avec 51.24 % des suffrages, elle bat le maire apparenté PS François Detton et prend date pour les prochaines municipales.

Les femmes prennent le pouvoir à l’UVO
. Nouvelle victoire féminine, cette fois  à Sannois. Une surprise que confirme le score : l’adjointe au maire Marie-Evelyne Christin est élue avec 50.31 %, avec 37 petites voix de plus que le conseiller général socialiste sortant Christophe Dulouard.

A ce moment de la soirée, avec deux cantons remportés par la gauche et autant par la droite, le socialiste Didier Arnal reste toujours président avec un siège d’avance.
C’est sans compter sur Argenteuil, la ville par qui la victoire est arrivée à gauche en 2008. Sur Argenteuil Nord, l’ancien maire et député UMP Georges Mothron réussit son pari : il l’emporte dans le canton jugé le plus à gauche du Val-d’Oise avec  54 %. Sans contestation ! Reste le canton Ouest que la gauche pense pouvoir conserver. On retient son souffle en mairie d’Argenteuil, à droite comme à gauche. Le dépouillement est stressant. Les bulletins PS et UMP qui sortent des urnes ne laissent pas présager un grand écart. Le résultat tombe : le candidat socialiste Nicolas Bougeard, adjoint au maire, perd de 22 voix contre le conseiller municipal UMP Xavier Péricat (50.19%).

« La gauche paye au prix très fort ses divisions, ses rivalités stériles », réagit à l’annonce des résultats le président socialiste du Conseil général. « Empêtrés dans nos querelles locales, nous n’avons pas réussi à mobiliser notre base », renchérit Didier Arnal. Montrés du doigt, sans les nommer, les élus d’Argenteuil. Les deux cantons renouvelables de la troisième ville d’Ile-de-France, qui ont voté à 60% à gauche aux régionales, ont pesé lourd dans la victoire de la droite : le député Georges Mothron a donc été élu sur Argenteuil Nord où le conseiller général sortant, le maire PS d’Argenteuil Philippe Doucet, ne se représentait pas. Sur le canton d’Argenteuil Ouest le conseiller général sortant ex-PS passé au PRG, Alain Leikine, a été éliminé dimanche dernier. Finalement qualifié pour le deuxième tour, le candidat socialiste Nicolas Bougeard, adjoint au maire, a perdu face à l’UMP Xavier Péricat (50.19%).

« Ce qui pèse sur Argenteuil, à gauche, ce sont les augmentations d’impôts », explique Dominique Lefebvre, le premier secrétaire fédéral du PS 95. Le secrétaire départemental du PCF donne une autre explication : « Le maire a tout fait pour démobiliser la gauche, dénonce Jean-Michel Ruiz. Quand on retire des délégations au groupe municipal communiste, quand on ne respecte pas sa majorité, on peut avoir des situations de ce type ».

Dans un communiqué, le maire socialiste Philippe Doucet dénonce « la campagne électorale délétère que nous avons connue, dominée par des discours de haine et d’exclusion portée par l’extrême droite et la droite extrême, a salit notre ville, encore une fois. » Le socialiste Philippe Doucet se retrouve aujourd’hui encerclé par trois élus UMP qui ont réussi à unifier en un an les trois cantons d’Argenteuil.

L’UMP avait fait du Val-d’Oise « une cible de choix ». Pari réussi. Le Conseil général, présidé d’un siège par le socialiste Didier Arnal, a donc basculé à droite dimanche soir. A l’UVO (UMP et non inscrit), les élus ne voulaient pas faire du résultat de dimanche un acte de politique national. Le discours restait le même que pendant la campagne. « Nous avons voulu dès le départ une campagne locale, c’était le bon choix ! », réagit François Scellier, député UMP et ancien président du Conseil général. « Nous nous sommes concentrés sur les enjeux locaux quand le PS faisait campagne sur des thèmes nationaux », rebondit Arnaud Bazin, président du groupe UVO (UMP et non inscrits) au Conseil général, pressenti pour prendre la tête du département même si au cours de la soirée électorale le député maire UMP de Sannois a estimé sur VOtv que « pour le symbole », il verrait bien  Georges Mothron prendre la présidence du Conseil général. A l’UVO, François Scellier, Gérard Seimbille et Luc Strehaiano – tous les trois invités sur le plateau de la télévision du Val-d’Oise – ont réaffirmé leur volonté de choisir Arnaud Bazin. L’élection du nouveau président du Conseil général se déroulera jeudi matin.
Au PS, on estime  la partie pas encore terminée. « Tout ça se joue sur un fil sur deux cantons historiquement à droite perdus par nos candidats dans un écart de voix très faible. Des recours seront déposés », annonce Dominique Lefebvre. Le patron du PS-95 cite « les cantons où l’écart de voix est très faible : 37 voix à Sannois et 22 voix sur Argenteuil Ouest ».
 

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