Un collectif citoyen d’une trentaine de membres soutenu par le Front de gauche se mobilise depuis plusieurs mois pour 29 enfants et leurs familles venus du Kosovo et de Tchétchénie. Il dénonce le comportement de Jacqueline Eustache-Brinio, maire (UMP) de Saint-Gratien, qui refuse aux jeunes élèves l’accès aux services périscolaires tels que la cantine et les études.  Egalement mis en cause, le bailleur  du foyer d’hébergement accusé de ne pas respecter la loi. Face à ce qu’ils estiment être une discrimination, les membres du collectif de soutien ont fait circuler une pétition. 1300 personnes ont déjà signé le document réclamant la mise en place de solutions concrètes pour remédier à la situation. Pourtant, la mairie se défend des faits qui lui sont reprochés, arguant que « le collectif a été créé par une opposante municipale du Front de Gauche ».

 Ils sont arrivés à Saint-Gratien l’été 2010 après avoir été ballotés de foyers en centres d’urgence. « Ils », ce sont les 70 réfugiés qui ont quitté le Kosovo et la Tchétchénie pour finalement être hébergés à Saint-Gratien. Une présence qui, au dire du collectif de soutien des réfugiés, dérange la mairie. Au point de la pousser à commettre des discriminations ? C’est en tout cas l’avis des membres du collectif. Une position démentie par la ville qui déclare de son côté travailler pour l’intégration des écoliers et de leurs familles.

Pour étayer cette thèse, le collectif explique que les 29 enfants issus des familles immigrées ne peuvent pas bénéficier des services périscolaires tels que la cantine ou les études. Et pour cause, selon eux la mairie s’y oppose fermement. « Madame le Maire applique à merveille la pratique inspirée par le gouvernement et l’UMP à savoir favoriser l’exclusion et flatter ainsi l’électorat du Front national ». Une occasion de rappeler qu’en septembre dernier déjà, la ville aurait fait barrage à l’entrée dans les écoles de la commune des enfants tchétchènes et kosovars. Mais elle aurait cédé face à la mobilisation des parents d’élèves, des enseignants, des commerçants, des membres d’associations, des médecins, des habitants, des représentants religieux et surtout à l’injonction de l’académie. Une situation également dénoncée par le Front de gauche qui « soutient sans réserve le collectif citoyen existant et sollicite ses élus pour qu’ils interpellent le gouvernement qui est le premier responsable de cette situation ».

Pour sa part, la ville propose une toute autre version. Si elle reconnait que les enfants ne peuvent pas bénéficier des services périscolaires, elle explique que, contrairement aux dires de ses détracteurs, elle a tout fait pour permettre aux enfants d’accéder aux écoles de Saint-Gratien. « Contrairement à ce que prétend le collectif, les enfants étaient scolarisées avant l’intervention de la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves ». Et d’ajouter : « Nous n’avions pas la liste des enfants, nous ne savions ni leur nombre, ni leur niveau scolaire. C’est finalement l’inspection académique qui a pu avoir la liste et nous permettre de placer les élèves dans plusieurs écoles proches de leur foyer». Concernant la non-accession des enfants aux services périscolaires, la commune explique que, de par leur statut, les réfugiés sont amenés à être déplacés régulièrement de foyer en foyer par l’Etat. Etant dans l’incapacité de prévoir leur nombre au fil du temps et expliquant que ces derniers sont à la charge de l’Etat, la mairie refuse de permettre aux enfants des foyers de jouir de ces services.

« Des situations d’hébergement et de suivi social inadmissible »

Autre problème pointé du doigt par le collectif, les conditions d’hébergement des réfugiés. « Ils vivent dans des conditions précaires et très difficiles dans un centre d’hébergement récemment installé dans la ville ». Le Front de gauche évoque pour sa part « des situations d’hébergement et de suivi social inadmissible ».
« Il serait normal que les propriétaires de la résidence IDFI  qui les logent soient rappelés à leurs obligations » ajoutent les élus de gauche. Le collectif citoyen parle de « non-respect de ses engagements et de la loi par le bailleur du foyer » et s’inquiète des menaces d’expulsion pesant sur certaines familles. Une opinion partagée par la ville. « La maire se bat contre le propriétaire depuis un an mais elle ne met pas cette affaire sur la place publique. Les conditions d’hébergement sont difficiles avec parfois cinq personnes dans moins de trente mètres carrés ». Et d’ajouter : « le bailleur agit pour le compte de l’Etat. Les réfugiés sont logés dans une résidence hôtelière à l’initiative du Samu social ».

Une pétition a été mise en place pour réclamer l’égalité entre les enfants, peu importe leur origine. Plus de 1300 personnes se sont engagées sur la base de la convention internationale des droits de l’enfant, qui souligne dans son article 27 «  le  droit de tout enfant à un niveau de vie suffisant pour permettre son développement physique, mental, et social ».  Le collectif dit aussi n’avoir eu aucune réponse à ses sollicitations d’entretien avec Jacqueline Eustache-Brinio. Pour répondre à cette accusation, la mairie évoque une raison simple. « Nous avons bien reçu une lettre à ce sujet. Elle est signée de plusieurs personnes que nous ne connaissons pas comme étant des habitants de Saint-Gratien. De plus, il n’y a pas de coordonnés pour nous permettre de recontacter nos interlocuteurs. » Et d’ajouter à propos de la pétition : « Nous avons pu constater que les 1300 signataires, la plus grande partie est composée de militants front de gauche vivant en province et non d’habitants de Saint-Gratien. De plus, nous ne pouvons rien faire concernant le foyer d’hébergement, c’est à l’Etat qu’il faut envoyer cette pétition  »