Mathieu Demy (aussi fils d’Agnès Varda et de Jacques Demy)
au cinéma Royal Utopia de Pontoise,
le mardi 28 novembre à 20h30
Où il viendra présenter son premier film AMERICANO et rencontrer le public
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Americano, écrit et réalisé par Mathieu Demy – France 2011 1h45mn VOSTF – avec Mathieu Demy, Salma Hayek, Géraldine Chaplin, Chiara Mastroianni, Carlos Bardem, Jean-Pierre Mocky, Pablo Garcia, André Wilms… (Petits détails techniques : c’est du cinémascope, le format des grands espaces, des westerns, la bande-son est particulièrement chouette).
Il est des héritages qui pourraient facilement vous clouer au sol et des ascendances qui dézingueraient fissa les rêves de création, de peur qu’ils ne supportent ni comparaison, ni rapprochement, ni parallèle avec les illustres géniteurs. Fils de Jacques Demy et d’Agnès Varda, Mathieu Demy aurait pu prendre la poudre d’escampette et devenir, que sais-je, professeur de littérature, dynamiteur d’aqueduc ou dresseur de loulou. Mais Mathieu a osé franchir le pas pour entrer dans la catégorie parfois agaçante des « fils de… » du cinéma, d’abord sur le côté en devenant comédien, puis carrément avec les deux pieds en réalisant son premier long métrage.

Et si l’on évoque tout cela, ce n’est pas, vous vous en doutez, histoire de remplir la page, mais bien parce qu’Americano ne parle que de cela : de la filiation… comment elle nous entrave, comment elle nous construit, comment elle nous nourrit, comment l’on s’en détache. Et là, il est très fort Mathieu, parce qu’il réussit à parler de lui, de son père, de sa mère, sans jamais nous le faire sentir, sans que jamais cela ne devienne un hommage pesant, avec trompettes, paillettes, tapis rouge et champagne. Avec une incroyable modestie et une audace un peu naïve qui est la force des doux rêveurs, il réalise un premier film tout en nuances et en pudeur, un film souvent très drôle qui avancerait plutôt sur le chemin des écoliers, en sifflotant, la pâquerette aux bout des lèvres.
Et pour ce faire, il a eu l’idée géniale autant que casse-gueule de réutiliser les images d’un film réalisé en 1981 par sa mère Agnès Varda, Le Documenteur, où Mathieu Demy, alors âgé de 10 ans, interprétait Martin, petit garçon perdu avec sa maman scénariste dans un Los Angeles cool et ensoleillé. Americano, c’est de la fiction qui s’écrit à l’encre des souvenirs d’un gars de la balle, héros d’une autre fiction, dans un subtil jeu de miroirs troublant mais jamais dérangeant. Ces images filmées par sa mère, ce seront donc les souvenirs de Martin, le personnage d’Americano… la boucle est bouclée, l’histoire peut se dérouler.

Martin a la petite quarantaine un peu tristounette. Vivant avec Claire (toujours sublime Chiaria Mastroianni), il arrive à une période de sa vie où il faudrait soit continuer à avancer aveuglément sans se poser de questions, soit amorcer le grand virage d’un changement dont il n’a aucune idée. Le destin va choisir pour lui : sa mère meurt. Et comme les morts se moquent bien des conséquences de leur funeste sort sur celui des vivants, il se retrouve contraint de partir à Los Angeles où sa mère vivait, afin de régler la paperasserie et autres joyeusetés inhérentes à ce genre de situation.
Los Angeles, c’est précisément là qu’il vécut enfant à ses côtés et c’est ici que se ramassent ses souvenirs : une ruelle tranquille, un petit appartement, la chanson du skate-board sur le bitume en fin d’après-midi, le cliquetis de la machine à écrire d’un voisin apprenti écrivain et la photo d’une certaine Lola, copine du quartier plus âgée que lui.
Lola (évidemment, le choix du prénom est tout sauf anodin), qu’il va alors s’obstiner à rechercher… et dont il retrouvera la trace dans une boîte de nuit un peu sinistre de l’autre côté de la frontière, « L’Americano », à Tijuana, là où les gringos viennent s’encanailler… Retrouver Lola, c’est retrouver sa mère, son enfance et ses chagrins de môme mais c’est aussi courir très vite loin de ce passé qui lui colle aux basques. Echoué comme un naufragé sur le comptoir du bar de « L’Americano », Martin va enfin pouvoir larguer les amarres et prendre possession de son navire, laissant sur le rivage le capitaine un peu froid, distant et nerveux qu’il avait jusqu’alors laissé habiter dans sa belle carcasse.


http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre-Alain_Volon