Bien que Jean-Jacques Rousseau ne soit resté que six ans à Montmorency de 1756 à 1762, la ville conserve aujourd’hui les traces de la présence du philosophe. Fière de cet héritage, la commune participe activement tout au long de l’année 2012 aux célébrations du tricentenaire de la naissance du plus illustre de ses habitants. Exposition, colloque, spectacles ou lecture… De nombreuses animations sont prévues à partir du 9 juin.

 Le Musée Jean-Jacques Rousseau (photo) qui comprend le Mont-Louis, lieu de vie du philosophe, est devenu la propriété de la ville de Montmorency en 1947. Il conserve une collection très riche dédiée à la vie quotidienne du philosophe, et à son oeuvre : manuscrits, ouvrages annotés, dernière copie de musique de Rousseau, herbier, estampes, sculptures… La Bibliothèque d’études rousseauistes se trouve dans l’édifice voisin du Mont-Louis et constitue un lieu de recherche sur Rousseau. Elle abrite donc des ressources documentaires consacrées au philosophe ainsi que les activités éducatives du Musée. Toute l’année, amateurs, lycéens, étudiants et chercheurs peuvent trouver là l’essentiel de ce qui est publié autour de l’oeuvre de Rousseau.

Le pastel de Quentin de La Tour, la plus célèbre représentation de Rousseau, se trouve à Montmorency. Tout le monde l’a déjà croisée dans un livre d’histoire ou de littérature. Rousseau, heureux de ce portrait, confia : « M. de La Tour est le seul qui m’ait peint ressemblant […] ». Le pastel conservé au Musée est une réplique autographe retouchée au Mont-Louis vers 1759 et envoyée en Suisse en 1764. Après avoir longtemps hésité, Rousseau accepte ce témoignage d’amitié. Acquis en vente publique par la Ville de Montmorency, il retrouve le Petit Mont-Louis en 2007.

Les principaux rendez-vous de la célébration du tricentenaire de Rousseau à Montmorency :

Exposition « Rousseau, passionnément », du 9 juin au 9 décembre
Cette exposition aura pour écrin la nouvelle muséographie du musée Jean-Jacques Rousseau. Le Musée présentera les pièces les plus rares de ses collections : manuscrits, exemplaires annotés de la main de Rousseau du Contrat social et du Discours sur l’origine de l’inégalité, herbier réalisé pour mademoiselle Delessert, pastel de Rousseau par Maurice-Quentin de La Tour, dernière copie de musique du philosophe. Des prêts exceptionnels : la copie autographe de la Nouvelle Héloïse que Rousseau offrit à la Maréchale de Luxembourg (bibliothèque de l’Assemblée nationale) et le manuscrit des Dialogues de Condillac (Bibliothèque nationale de France).

Colloque « Jean-Jacques Rousseau et les passions », 28 et 29 septembre
Il réunira des spécialistes de l’oeuvre de Rousseau qui traiteront des grandes passions du philosophe : la politique, l’éducation, l’amour, la musique, la nature… Ils auront pour mission de s’adresser à un large public.

Samedi 9 juin, spectacle « Rousseau, le rebrousse temps »
La compagnie Les Anthropologues redonnera vie à Rousseau au cours d’une promenade-spectacle mêlant les arts du cirque, la danse, la musique, le chant, des installations sonores. Un Banquet Citoyen suivra.

Samedi 15 septembre, lectures « Rousseau par nature » par Michaël Lonsdale

Dimanche 16 septembre, spectacle« Rousseau des champs » par la compagnie Délices Dada

Montmorency, étape majeure dans l’oeuvre de Rousseau

Dans les années 1750, Jean-Jacques Rousseau fait partie des intellectuels renommés à Paris : il a déjà collaboré à L’Encyclopédie, remporté le premier prix de l’Académie de Dijon avec son Discours sur les sciences et les arts ; son opéra est joué à la Cour. Il décide néanmoins en 1756 de quitter la capitale, « ville de bruit, de boue et de fumée », pour s’installer à Montmorency. Loin de l’agitation de la capitale et de relations qu’il juge sévèrement, Rousseau affirme son indépendance et profite des joies d’une vie simple en harmonie avec la nature qu’il met en valeur dans ses écrits : promenades dans la forêt et dans la vallée, visites à ses amis, notamment le Maréchal de Luxembourg. Il apprécie les soupers chez son voisin, le maçon Pilleu, et les repas frugaux pris avec sa compagne au petit Château de Lebrun. Il mène ainsi une vie « simple » dans cette petite ville jusqu’en 1762.

C’est à Montmorency qu’il puise l’inspiration qui lui permet d’écrire ses textes majeurs : la Nouvelle Héloïse, Du Contrat social, Emile ou De l’éducation, ses Lettres à M. de Malesherbes… La forêt apparaît ainsi à plusieurs reprises dans son oeuvre. Rousseau connaît alors quelques-uns de ses plus grands succès. En janvier 1761, la Nouvelle Héloïse devient immédiatement un véritable best seller. Le roman, méditation sur la condition humaine, sur le bonheur et sur l’amour, s’impose comme une oeuvre majeure du siècle. L’année suivante, deux autres ouvrages sont publiés : le Contrat social en avril et en mai, Emile ou De l’éducation. Mais ces travaux sont aussi polémiques. Le 8 juin 1762, le Parlement de Paris condamne ainsi l’Emile à être lacéré et brûlé en place publique. Le lendemain, le Parlement de Paris promulgue un décret de prise de corps, condamnant Rousseau lui-même. Averti dans la nuit, Rousseau se rend au château du Maréchal de Luxembourg qui prend en main l’organisation de sa fuite. Le séjour du philosophe à Montmorency s’achève dans l’après-midi du 9 juin ; il fuit vers la Suisse, première étape d’un long exil.