Irina Ionesco est une artiste autodidacte. Elle photographie essentiellement des femmes, installant, autour d’elles, un décor érotique, onirique et irréel où l’on perçoit parfois une quête d’un Shanghai imaginaire des années trente et quarante, celui de sa mère. Elle collectionne alors pour ses mises en scène des vêtements chics sans âge, des costumes de scène, des objets improbables…

Copyright Ionesco/Gingko’Art 2012

En 1974, son exposition à la Nikon Gallery a fortement attiré l’attention, Irina fut bientôt publiée dans de nombreux magazines et exposa dans les galeries du monde entier. « La photographie est pour moi un élément essentiellement poétique, je l’envisage comme une écriture théâtrale, où je fixe dans un déroulement obsessionnel et incessant tous mes fantasmes » Chaque séance est une mise en scène conçue comme une composition théâtrale qui intègre le modèle dans un univers poétique dans lequel érotisme, mysticisme et métaphysique ne font qu’un et nous entraînent dans un au-delà du réel. « J’aime l’excès, dit-elle, l’onirisme, l’insolite, ainsi je fais mienne cette phrase de Baudelaire : Dans l’art, il n’y a que le bizarre qui soit beau …! ». « C’est la recherche de cette femme qui m’a manqué et qui était ma mère…Son regard aussi m’a beaucoup manqué ».

L’œuvre d’Irina Ionesco a marqué de sa forte originalité les années 70 et 80. Aujourd’hui, alors que nombre de photographes de mode ont puisé dans son univers fantastique baroque et érotique, Irina Ionesco répond depuis une dizaine d’années à de nombreuses commandes pour la mode et la haute couture, travaillant notamment pour les revues Stilletto, Dazed and Confused. « J’adore faire de la photo de mode et mes photographes préférés sont Cecil Beaton, August Sander, Richard Mapplethorpe et Diana Arbus ». Née le trois septembre dix neuf cent trente-cinq à Paris, d’un père violoniste et d’une mère encore adolescente, la jeune Irina est confiée à sa grand-mère à l’âge de quatre ans avec qui elle quitte la France pour la Roumanie. Elle a passé sa jeunesse et la période de la guerre, élevée par sa grand-mère et ses oncles, aux frontières de plusieurs mondes réels ou imaginaires : ceux, opposés, d’une bourgeoisie terrienne et cultivée dans une Roumanie bousculée par les événements tragiques de la guerre, et celui du cirque et du spectacle peuplé des univers rêvés de son père resté à Paris et de sa mère partie vivre à Shanghai avec un riche chinois.

                                                                     Copyright Ionesco/Gingko’Art 2012

Irina, de retour à Paris avec sa grand-mère, vivra alors dans le souvenir romanesque et mystérieux de ses parents toujours entrevus trop furtivement. Elle rêvait de devenir danseuse mais son corps frêle et souple la prédisposait à être contorsionniste. De l’âge de quinze à ses vingt-deux ans, elle a fait le tour des cabarets, en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique avec deux boas géants. « J’étais l’esclave des serpents… ». Convalescente après un accident survenu lors d’un numéro de scène à Damas, elle commence alors à dessiner et à peindre. Puis en 1964, à Noël, son ami, le peintre belge d’avant-garde Corneille, lui offre un reflex Nikon. Ce sera le début de son œuvre photographique. Aujourd’hui encore, Irina est restée fidèle à ce boitier Nikon.
                                                     

Artiste internationalement reconnue, ses multiples expositions et les publications de ses photographies révèlent ce monde étrange de femmes maquillées, habillées et mises en scènes surgissant d’un temps hors du commun… Irina Ionesco a publié aux éditions des femmes un roman autobiographique, L’Œil de la poupée, qui permet de mieux comprendre cette vie extraordinairement riche, romantique et souvent tragique qui fut la sienne dans sa jeunesse et dans laquelle son répertoire artistique puise ses origines.
Pierre Gauthier.

Irina Ionesco s’installe dans la Chapelle de l’ancien couvent des Cordeliers. L’Espace Gingko’Art accueille l’icône de la photographie érotique du 12 avril au 12 juin. Irina Ionesco propose le Japon des Yakusas, les Métamorphoses de la Méduse et ses clichés inédits sur la mode. Les « Fashion Victimes », en noir et en couleur… Une exposition où l’esthétisme se conjugue avec l’érotisme !

Espace Gingko’Art, 2, Place de l’Hôtel de Ville, 95300 Pontoise
Tel: 01 34 43 55 13 – 09 71 51 78 54
gingko-art@orange.fr
art.wordpress.com