"Allez vous abandonner votre mairie comme vous le demande Martine Aubry ?". C’est la question à ne pas poser en ce moment à un parlementaire socialiste. Pour toute réponse… pas de réponse ou un embarras palpable. 

Septembre, c’est la date butoir fixée par le PS à ses parlementaires cumulards pour abandonner leurs mandats exécutifs locaux. Un engagement pris lors de leur investiture pour les élections sénatoriales ou législatives. En cette rentrée aucun élu socialiste valdoisien n’a l’intention de laisser sa mairie.

Si le patron du PS95 et maire de Cergy, Dominique Lefebvre confirme son projet de démissionner de la mairie en janvier 2013, d’autres ne sont pas aussi pressés. Difficile d’obtenir une réponse du député François Pupponi. Pas plus de réussite lorsqu’on lui demande s’il souhaite rester maire de Sarcelles jusqu’en 2014 ? D’autres parlementaires, malgré plusieurs sollicitations, sont restés injoignables à l’image de Philippe Doucet, député maire d’Argenteuil et président de la communauté d’agglorération Argenteuil-Bezons ou d’Alain Richard, sénateur maire de Saint-Ouen-l’Aumône et vice-président de Cergy-Pontoise. 

Le député maire de Gonesse s’en remet à Jospin 

La question se pose pourtant avec davantage d’insistance depuis que Martine Aubry s’est chargée d’administrer une double piqure de rappel en cette rentrée. Premier pavé dans la mare fin août à La Rochelle. A l’occasion de l’université d’été du PS, la première secrétaire a prononcé un discours contre le cumul des mandats. Une envolée accueillie par une véritable standing ovation des militants. Une semaine plus tard, histoire d’enfoncer le clou, la maire de Lille a rédigé un courrier à destination des députés et sénateurs concernés leur rappelant leur engagement moral.

Un courrier que n’a pas attendu de recevoir le député maire de Gonesse, Jean-Pierre Blazy, qui explique ne pas avoir encore fait son choix. « J’informerai les dirigeants socialistes concernant ma position en tant voulu, lorsque j’aurai pris ma décision », promet l’élu. « La commission Jospin (NDLR: sur la moralisation et la rénovation de la vie politique) rendra ses conclusions au début du mois de novembre prochain. Une loi est même à l’étude entre 2012 et 2013 pour encadrer le cumul des mandats. Pour le moment, certains sujets préoccupent bien plus les Français, comme le chômage. Il n’y a donc pas besoin de se précipiter ! », ajoute-t-il.

Dominique Gillot : « Je ne me sens pas en infraction »

La temporisation est de mise. Si les nouveaux parlementaires ont donné un accord de principe, rien ne les obligent à ne conserver qu’un mandat… sinon leur promesse. 

Beaucoup comptent sur la mise en place d’un processus législatif pour se prononcer. C’est le cas de Dominique Gillot, sénatrice maire d’Eragny et vice-présidente de l’agglomération de Cergy-Pontoise. « Je n’ai pas l’intention de prendre une décision en huit jours. J’ai un engagement jusqu’en 2014. » En attendant de connaître les conclusions de la commission Jospin et l’éventuelle mise en place d’une loi interdisant le cumul des mandats, l’élue ne compte donc pas lâcher ses reponsabilités. « Je ne me sens pas en infraction », assure-t-elle. 

Dominique Lefebvre : « Je leur demande de voter cette loi et de s’y conformer »

Et il ne faudra pas compter sur Dominique Lefebvre, patron du PS-95, pour forcer la main aux élus sur la question du calendrier de leur démission. « La question de la date de démission est secondaire. Je ne suis pas convaincu que le successeur d’un maire soit forcément déjà présent dans son conseil municipal ».

Il sera en revanche intransigeant lors du débat législatif. « Je leur demande de voter cette loi et de s’y conformer », explique le chef de file socialiste du département. Il votera une loi « même si elle ne s’applique pas aux sénateurs ». Un texte qu’il souhaiterait, en cas d’adoption, voir se mettre en pratique dès les prochaines élections. S’il abandonne son fauteuil de maire en janvier 2013, Dominique Lefebvre entend rester président de l’agglomération de Cergy-Pontoise jusqu’en 2014.

Gérard Sébaoun : « une vieille coutume française »


Gérard Sebaoun est aujourd’hui le seul député PS du Val d’Oise à ne pas cumuler. Mais il refuse d’accabler ses homologues.


« Je ne leur jetterai pas la pierre »
, annonce-t-il d’emblée. Pour lui, le cumul des mandats est avant tout une « vieille coutume française ». Et d’expliquer son raisonnement : « Si l’on a pas de mandat local, on ne peut pas accéder à un mandat national. C’est une sorte de marche pied. » L’élu, qui s’oppose au cumul des fonctions, prône le dialogue. « Moi je suis favorable à une loi, d’autres non. C’est un sujet qui doit être débattu ». Il attend avec attention les conclusions de la commission Jospin.

Pour justifier son soutien à un texte de loi interdisant le cumul des mandats, le député évoque le temps et l’énergie nécessaire lorsque l’on est maire d’une grande ville. « Des communes comme Sarcelles, Cergy ou Argenteuil ont besoin à temps plein d’un maire », argue-t-il. Il va même au-delà. Gérard Sebaoun s’interroge sur la charge de président de région ou de département. « Didier Arnal (NDLR : ancien président du Conseil général du Val d’Oise) avait été contraint d’abandonner son métier pour se consacrer à plein temps à ses nouvelles fonctions ». Il rappelle également que Didier Vaillant a pour sa part préféré céder les commandes de la mairie de Villiers-le-Bel pour pouvoir gérer plus efficacement la Communauté d’agglomération Val de France, même si ce dernier reste conseiller général. Il reconnaît en revanche qu’il s’agit d’une « décision compliquée » pour un élu attaché à son territoire et ses habitants.