Des corps à l’écoute… Quatre danseurs marchent à l’unisson, d’accélérations en mutations, dans une écriture chorégraphique mouvante et poétique, entre intensité, intimité et douceur charnelle. Portée par les ondes magnétiques de la guitare électrique en live sur le plateau et parsemée d’images, Archipelago est aussi un hommage à Édouard Glissant, poète et essayiste martiniquais. C’est suite à un voyage au sein de la ville portuaire d’Accra, capitale contrastée du Ghana, que Frank Micheletti a pétrit la matière chorégraphique de son œuvre.

Du lever du soleil à la nuit, Archipelago est une manière de s’immerger dans la contemporanéité d’un pays ; une urgence de danser pour mieux cerner les flux, les désordres et les turbulences qui agitent le « nouveau monde ».  À chacune de ses pièces, le chorégraphe ne cesse de réinterroger avec finesse la géographie des corps, et de nous offrir de grands moments de respiration. Après une pièce des Kubilaï, vous verrez à quel point la pensée s’oxygène, et le regard sur l’autre s’ouvre. Effet aéroplane garanti !

A l’instar de Pina Bausch, Frank Micheletti, très marqué par la vie des pays qu’il a traversés, a cherché à en faire partager son ressenti au travers de son œuvre. Créé au Ghana en octobre 2010 avant d’être présenté en France en mars dernier à Draguignan, Archipelago évoque les impressions les plus prégnantes éprouvées au cours d’un séjour à Accra, capitale du Ghana, qui a accueilli le chorégraphe en résidence en octobre 2010. Ce ballet, qui est aussi un hommage à Édouard Glissant, poète et essayiste martiniquais, ardent défenseur de la négritude, décédé cette année, se présente comme un parcours déambulatoire, une balade dans cette ville depuis l’aube jusqu’à sa plongée dans la nuit. Évocation par la danse en dialogue avec la vidéo – de fort belles images de Romain Kronenberg réalisées sur place – de la vie turbulente et enfiévrée de ce port d’Afrique où riment et se côtoient douceur fugitive et brutalité, richesse et précarité, ombre et lumière, silence et vacarme. Un pays où le soleil échauffe les esprits, où la vie qui s’éveille génère turpitude et bruit, où les passions prennent naissance à la tombée de la nuit. S’il ne reste quasiment plus de trace de la traite négrière qui y avait cours au XVIIème siècle, cette ville se développe chaque jour davantage, attirant de nombreux migrants issus non seulement du Ghana mais aussi de pays voisins comme le Togo ou le Burkina Faso, voire la Côte d’ivoire, du fait du développement de ses industries du bois et du textile. Intensité fiévreuse fort bien mise en valeur par une gestuelle vive mais très fluide, quasi féline, et les déplacements rapides des danseurs, souvent glissés. Une ville où le non dit est de règle, au sein de laquelle rien ne paraît devoir se faire au grand jour, ce que traduisent ces magnifiques ombres chinoises ou, encore, ces voiles-écrans semi transparents sculptant l’espace, rendant visible l’invisible. Une flânerie douce amère qui bascule vers des ténèbres finalement peu engageantes, exprimées avec une grande sérénité par une troupe pleine de vitalité et au mieux de sa forme.
J.M. Gourreau

Danseurs – Idio Chichava, Frank Micheletti, Sarah Naa Ayeley Okine, Ikue Nakagawa
Musicien : Rémi Aurine-Belloc

– Tarifs de 10 à 18€ et formules d’abonnements avantageuses.
– Plus d’informations sur www.tpebezons.fr et au 01 34 10 20 20.
– Pour en savoir plus sur la compagnie http://www.kubilai-khan-investigations.com/?ID=2&lg=fr
 
Archipelago
Spectacle danse et musique : voyage dans l’intimité poétique du Ghana…
Kubilaï Khan Investigations, Frank Micheletti, en résidence au tpe
Vendredi 19 octobre, 21h

Pour aller plus loin : Spectacle suivi d’un regard croisé entre le chorégraphe et la journaliste productrice de France Culture Catherine Pont Humbert, autour de la figure littéraire d’Édouard Glissant.
Stage de danse avec trois chorégraphes dont Frank Micheletti, dimanche 14 octobre de 10h30 à 17h30 au tpe.