Rencontre
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Sociologue, professeur à l’EHESS (Ecoles des Hautes Etudes en Sciences Sociale) et à l’Université de la Sorbonne-Paris IV, Didier Lapeyronnie a publié Ghetto urbain : ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd’hui en 2008 aux éditions Robert Laffont (collection Comment va le monde).

Son livre représente une publication importante pour la sociologie urbaine dans laquelle il souhaite réhabiliter l’emploi du terme « ghetto » dans le débat sociologique français. Il bouscule les idées reçues et invite à une réflexion nouvelle.

Lorsqu’il y a vingt ans, j’ai commencé à travailler dans les cités, elles ne pouvaient être considérées comme des ghettos en raison de leur mixité sociale. Depuis, le chômage s’est accru, les écarts sociaux se sont creusés, la ségrégation raciale s’est renforcée ; si bien que l’existence de quartiers entiers d’où les habitants ne sortent pas et où l’économie souterraine permet divers trafics autorise désormais à parler de « ghettos » .

Ni assimilé ni étranger, l’habitant du ghetto vit dans un entre-deux, un espace particulier qui n’est pas totalement hors de la société mais qui n’en fait pas …partie non plus. Il a le sentiment que la société dont il partage les valeurs l’empêche d’avancer comme de revenir en arrière. Le ghetto urbain est à la fois une cage et un cocon. Les habitants qui y sont relégués ont élaboré en ses murs un mode de vie particulier, un contre-monde qui les protège collectivement de la société extérieure mais qui constitue un handicap pour chacun. Ensemble, ils travaillent à la fabrication d’un univers auquel individuellement ils tentent d’échapper.

En s’appuyant sur des entretiens individuels et collectifs, Didier Lapeyronnie nous livre les conclusions de ses recherches sur la société française et nous montre que le ghetto est bel et bien devenu une réalité. Débarrassée des clichés et des raccourcis médiatiques, cette enquête de sociologie se lit comme un reportage, voire comme un roman grâce à la force des entretiens restitués.