Le 3 décembre à 20h30, le cinéma Utopia de Saint-Ouen-L’Aumône accueillera une projection du documentaire de Mathieu Pheng, « Moulin Galant, la question Rom ». Un événement organisé à l’initiative du Front de gauche. 
 
Résumé : 
 
 S’il y a bien une raison qui explique la difficile mobilisation autour de la question des Roms, c’est probablement la méconnaissance quasi-totale qu’en a l’immense majorité de la population. Le Rom étant pour beaucoup cette ombre fugitive qui fait la mendicité au cœur des grandes cités. Qui dit méconnaissance dit fantasmes, préjugés. Le Rom n’aurait aucune intention de s’intégrer, profitant exclusivement des aides, le Rom vivrait exclusivement de larcins, le Rom vivrait par négligence dans des habitats insalubres et une hygiène déplorable. 
 
Le grand intérêt de Moulin-Galant, plongée dans l’ un de plus grands bidonvilles rom d’Ile de France, est d’être au plus près d’eux, mais aussi de montrer les luttes locales des associations de défense et leur rapport complexe aux politiques.Nous sommes donc sur un terrain s’étendant sur trois communes de l’Essonne : Corbeil-Essonnes, Ormoy et Villabé. Corbeil, fidèle à son ancien maire Serge Dassault, a fait expulser ceux qui étaient sur son territoire. La petite commune d’Ormoy, sous l’éternel argument consistant à dire « qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde », a également entamé une procédure d’expulsion. Seule la partie relevant de la commune de Villabé mais appartenant au Conseil Général semble résister.
 
Première surprise, on découvre avec le film que beaucoup des habitants du camp sont là depuis pas mal de temps et qu’ils ont tout tenté pour s’intégrer, inscrivant notamment leurs enfants à l’école, enfants dont on découvre la soif d’apprentissage du français. Mais pas facile quand on a 5 ans, que l’on vit dans une plaine boueuse et que les copains souvent cruels se moquent de vos bas de pantalons crottés. Autre pied de nez aux préjugés : les conditions d’hygiène déplorables ne sont évidemment pas le fruit de la négligence ; comment faire quand les polices municipales vous font la chasse dès que vous tentez de récupérer dans des installations sportives de l’eau, ou quand les mairies se refusent à installer des bennes à ordures, petit effort qui permettrait d’assurer une meilleure hygiène de l’endroit. On voit également qu’avec l’aide des associations, les Roms, bien conscients de l’image déplorable qu’on leur colle volontiers, savent y remédier, se mobiliser, comme dans cette impressionnante opération camp propre où, faute de bennes, ils ont construit un mur de milliers de sacs poubelles le long de la route. Les tractations avec les politiques sont assez éclairantes, notamment avec le jeune loup du PS Jérome Guedj, président du Conseil Général de l’Essonne, qui botte en touche avec un cynisme et une mauvaise foi déconcertante.
 
Et l’on comprend, par le cas de Moulin-Galant, toute la complexité de la question Rom où chacun se renvoie la balle : les collectivités qui tentent de faire porter les responsabilités sur les communes sans moyens qui elles-mêmes se défossent sur les choix européens et l’ Europe qui accuse la Roumanie de favoriser la fuite de Roms en les discriminant… En attendant il y a des hommes, des femmes, des enfants sur le sol de France, qui méritent notre attention et qui souffrent de l’absence de toute politique autre que répressive (Manuel Valls a particulièrement brillé en la matière). Mais il y aussi des citoyens courageux qui espèrent et luttent, à l’image de Serge Guichard.