CORPS DE FEMME
LE MARTEAU / LE BALLON OVALE / LES HALTÈRES

Judith Depaule – Mabel Octobre
>théâtre
dans le cadre Festival Arts mêlés – 9è Périphérique

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Avec « Corps de femme », Judith Depaule s’intéresse à celles qui ont choisi des pratiques sportives de haut niveau considérées jusqu’ici comme des disciplines masculines. Par le prisme de leurs témoignages, l’artiste met en scène des héroïnes dont le corps et les choix de vie diffèrent de l’ordinaire et fracturent les a priori existant sur les genres pour bâtir une définition nouvelle de la féminité. Elle met en scène ces sujets dans une scénographie où se croisent danse, sport, vidéo et théâtre.
"Le ballon" est le portrait d’une équipe de joueuses, mais surtout de quinze femmes, animées par une même passion : le rugby, un sport traditionnellement réputé masculin. "Le marteau" se consacre à Kamila, première championne olympique du lancer de marteau. Un parcours et un choix de vie atypique. "Les haltères" sont une façon de découvrir l’histoire de Nurca, première femme turque à devenir championne d’haltérophilie.

Du sport au théâtre d’investigation, le manifeste de Judith Depaule.
En quête d’une autre scène, dans le plaisir de l’investigation, Judith Depaule s’est tout d’abord immergée dans le collectage de textes et d’images. Ceux-ci constituent d’importants matériaux de témoignages avec lesquels elle a élaboré un complexe retraitement des images vidéo présentes dans ses trois spectacles. Sur scène, films vidéo et corps de femmes, monologues, écrans ou personnage démultiplié, dévoilent la face cachée des stéréotypes de genre. La mise en scène met en perspective la performance sportive dans sa dimension de spectacle. Le jeu de l’acteur suit ce double mouvement. L’engagement physique requiert des comédiennes au passé de sportive.

« La question du genre et de la sexuation de nos comportements provoque chez moi un trouble profond. Elle me renvoie à la bi-catégorisation homme-femme, à la systématisation et au besoin de normes de la société dans laquelle je m’inscris.

Elle est au centre des contradictions auxquelles je suis en proie dans mon rapport aux autres, hommes comme femmes. Elle s’impose, dans mon parcours, comme un territoire nécessaire d’exploration. L’accès au sport pour les femmes a fait l’objet d’un long combat avec le corps médical qui pensait (et pense encore) que la fonction première du corps de la femme est la procréation, que la pratique sportive, en entraînant le déplacement de l’utérus, le rétrécissement du bassin et autre durcissement de la fibre musculaire, viendrait pervertir, altérer voire annuler. Les médecins ont dénoncé, entre autres, l’immoralité de l’usage féminin de la bicyclette ou du cheval monté à califourchon. Le masculin préfère voir la femme dans un corps contraint dont il dispose et qu’il maîtrise, non expansif si ce n’est pour son plaisir, en bref non émancipé. De fait, le sport déplace le corps de la femme sur un territoire déjà occupé.

L’instigateur des jeux olympiques modernes, Pierre de Coubertin, était d’avis que le rôle des femmes devait se limiter à couronner les vainqueurs, interdisant aux femmes l’accès aux compétitions.

Si la participation des femmes aux jeux et à l’ensemble des disciplines sportives est en constante progression, notamment depuis les années 60, elle s’accompagne de la remise en cause de leur effective féminité. Après avoir imposé des tests de féminité aux sportives jusqu’en 1999 (certificat, examen gynécologique, contrôles chromosomiques X ou Y), le Comité international olympique tolère encore à Beijing, en 2008, durant les JO d’été, la tenue d’un laboratoire de détermination du sexe pour les sportives à la morphologie douteuse. Durant l’été 2009, l’apparence physique et la performance de la jeune coureuse sud-africaine Caster Semenya sur 800 m ont mis le monde sportif en émoi.

À l’heure où l’Europe place la parité au cœur de ses préoccupations, le sport reste un révélateur d’inégalités. En témoignent les résistances que les fédérations rencontrent pour le développement de certains sports au féminin, quand elles n’en sont pas elles-mêmes le principal frein. De leur côté, les médias accordent très peu de moyens et de place aux pratiques féminines et s’imposent comme une institution sociale de canonisation de féminité et de masculinité. La puissance physique brute – que de nombreux sports exigent – continue à être perçue comme une preuve matérielle et symbolique de l’ascendance biologique des hommes. Plus le sport est dit viril, plus la femme qui l’exerce doit être avenante et afficher les marqueurs obligés de la féminité. Plus la sportive est compétitive, plus elle doit être irréprochable quant à l’authenticité de son sexe.

Cette réflexion m’a conduite en Pologne jusqu’à Kamila Skolimowska, première championne olympique du lancer du marteau féminin. Discipline homologuée en 2000 à Sydney, considérée comme l’épreuve athlétique la plus physique après le saut à la perche, elle s’est ouverte aux femmes dans les années 90. Sur le mode du documentaire, des heures d’observations, de prises de vues vidéo en entraînement et des entretiens avec l’athlète ont donné naissance à un spectacle, Corps de femme 1 – le marteau. J’ai ensuite décidé d’explorer mon propre territoire et de me tourner vers le ballon ovale et deux équipes féminines de rugby : l’Athlétic Club Bobigny 93 rugby (Top 10) et le Rugby Club Soisy Andilly Margency 95 (3e division). Je me suis cette fois-ci exercée à un portrait multifaces (d’une équipe de rugby à XV), selon le même procédé que le précédent, dans Corps de femme 2 – le ballon ovale. Dans le troisième volet, Corps de femme 3 – les haltères, je suis allée à la rencontre de Nurcan Taylan, haltérophile née en 1985, première sportive turque à avoir décroché l’or olympique, championne du monde en 2010 des moins de 48 kg (pour 1m52), détentrice de plusieurs records, soulevant respectivement 95 et 115 kg.

Après ces trois volets, je dirigerai mon investigation en Allemagne vers une sportive de l’ex-RDA, victime du dopage, ayant fait partie du programme médical de la STASI. Enfin, je souhaiterais, dans une dernière variation, confronter les 4 volets en les fusionnant. »
Judith Depaule


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LE MARTEAUvendredi 1er février – 20h30
LE BALLON OVALEsamedi 2 février – 18h
LES HALTÈRES • samedi 2 février – 20h30
L’-Théâtre des Arts, place des Arts / Cergy-centre

distribution
Création Mabel Octobre • conception, mise en scène, scénographie Judith Depaule • musique Laurent Dailleau • lumières Bruno Pocheron • travail corporel Tamara Milla-Vigo

Le marteau : avec Marie de Basquiat • dramaturgie Thomas Cepitelli • assistance mise en scène, scénographie Pia Partum • vidéo, prise de son Mateusz Wajda • animation Marta Pajek • régie, programmation Darius Makaruk • construction Bartlomiej Klosek • costumes Cyprian Medard Cieśliński

Le ballon ovale : avec Aude Schmitter • assistance mise en scène, scénographie Maylis Laharie • vidéo Denis Gaubert, Jordane Chouzenoux • animation Géraldine Cugnière, Emma Tsekas aidé d’Anthony Le Saoût • prise de son, régie Julien Fezans • régie, programmation Olivier Heinry • directeur technique Loïc Savina • réalisation décor Samuel Carneiro • figurines Maria Fomina • costumes Ultra Petita • consultants Fabien Antonelli, Xavier Brunet, Stabislas Dano, Danielle Irazu, Marc-Henry Krugler

Les haltères : avec Élisa Yvelin • assistance scénographie, structure anatomique Sophie Cohen • vidéo Mehmet Çam • logistique tournage, traduction Selen Bastion • dessin animé Clément Bigot • direction technique Loïc Savina

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Informations pratiques
Tarif exceptionnel pour les trois spectacles : tarif plein 30 € – tarif réduit 24 €
tarif plein 13 € – tarif réduit 10 € – groupe scolaire 9 € – tarifs abonnés 4 € à 9 €
Réservations au 01 34 20 14 14 – www.lapostrophe.net – reservation@lapostrophe.net