JACQUES SCHWARZ-BART
>musique jazz


Le ténor Jacques Schwarz-Bart, 48 ans, de mère guadeloupéenne, Simone, grande écrivaine, femme exquise et de père juif André Schwarz-Bart, 1928-2006, Goncourt 1959 pour Le Dernier des justes, a charge d’âme. Va-t-il pour autant « convoquer les esprits frappeurs d’Haïti et les racines vaudous du jazz » ? Pas au sens folklo où on l’entend. Mais en profondeur. Jacques Schwarz-Bart, corps d’athlète, tête aussi bien faite que pleine (diplômé de Sciences Po, il fut attaché parlementaire), a choisi la voie de la musique. Qu’il pratique en force, en lyrisme et en partage.

Il n’en démord pas depuis son premier tambour à l’âge de 4 ans, aux Abymes (Guadeloupe), où il fut élevé dans le gwoka, la biguine et la tradition haïtienne, guidé par Anzala, l’un des trois grands frappeurs de l’île avec Carnot et Vélo. Souffleur ou pas, le secret, c’est le rythme. Quitte à confronter les rythmes vaudou à ceux du jazz. A ses côtés, Ewol Josué (vocal), Milan Milanovic (piano), Etienne Charles (trompette), Luques Curtis (basse), Jean-Baptiste Bonga (percussions) Obed Calvaire (batterie), une onomastique de l’avenir.

Comment se prépare-t-on à un exercice spirituel ? « Je pratique en studio, seul. Je demande un studio au son vivant. J’ai besoin du sentiment organique. Je passe en revue toutes mes techniques. Première exigence : stabiliser le son, trouver ma voix. Parfois, j’embraye sur ma pratique d’improvisation sur grille harmonique, je compose des airs dans ma tête. J’essaie d’ouvrir mon vocabulaire, de phraser. Deux heures minimum, selon la force et l’inspiration du jour. »

Comment vit-il son imposante filiation ? « Dans la conscience d’une très grande force mentale. Mon père est entré dans la Résistance à l’âge de 12 ans. Peu de temps après, il a été torturé par la Gestapo. J’ai conscience de faire partie de cette lignée d’hommes qui sont présents là où ils sont, et qui apportent une intensité en ce point. Ma mère m’a toujours appelé « petit homme » parce que je ne me comportais jamais comme un enfant. »

Il tient sa discipline intérieure comme l’apport au travail artistique qu’il doit à son père : « La rigueur est la clef de la discipline. » Evoque Nietzsche : « Danser dans les chaînes ! », mélange feu et glace. Ce qu’il a toujours su de la musique d’Haïti, c’est à quel point elle est à la fois religion et culture, culture imprégnée de sacré : « Je ne suis pas vaudouisant mais une musique sans mystique, sans spiritualité – Haïti comme Bach – ne présente à mes yeux aucun intérêt. Au-delà des perceptions immédiates de la vie, on sent autour de nous ces réseaux, ces énergies invisibles, ce monde vivant qui échappe au rapport cognitif ou analytique. Même la technologie s’en sert, par les ondes, le Wi-Fi, etc. »
Le Monde, Francis Marmande, 12 mars 2011, extrait

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vendredi 15 février – 20h30

L’-Théâtre des Louvrais, place de la Paix / Pontoise

distribution
Direction, saxophone Jacques Schwarz-Bart • chant, danse Mélanie Charles • trompette Étienne Charles • percussion Bonga • piano Grégory Privat • basse Reggie Washington • batterie Arnaud Dolmen

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Informations pratiques

tarif plein 24 € – tarif réduit 19 € – groupe scolaire 9 € – tarifs abonnés 6 € à 18 €
Réservations au 01 34 20 14 14 – www.lapostrophe.net – reservation@lapostrophe.net