UBU ROI
Afred Jarry / Declan Donnellan (Grande-Bretagne)
>théâtre

mardi 15 octobre – 20h30
mercredi 16 octobre – 20h30
jeudi 17 octobre – 19h30

L’-Théâtre des Louvrais, place de la Paix / Pontoise

Une drôle de bassesse qui nous concerne tous se cache derrière le rire ou la puérilité des personnages d’Ubu roi d’Alfred Jarry. En situant la pièce dans un appartement bourgeois, Declan Donellan en fait ressortir avec éclat l’irrésistible folie. Retrouver les expériences fondamentales inscrites au cœur d’une pièce est l’un des objectifs du metteur en scène britannique. La cruauté du texte qu’il a choisi de monter se rejoue inlassablement. Son Ubu roi, pris dans un système à double détente se transforme en un dispositif redoutablement efficace. Confrontée aux pulsions incontrôlables, furieusement drôles et régressives des personnages, l’action ne cesse de déraper d’une dimension à l’autre, du masque à la réalité.

 >extrait vidéo

Declan Donnellan – flanqué de Nick Ormerod, son inséparable scénographe – est parmi les plus grands metteurs en scène du moment. Qu’il travaille avec sa troupe anglaise, russe ou bien française, qu’il mette en scène Shakespeare ou Pouchkine, Racine ou Tchekhov, il parvient invariablement à emporter les spectateurs à sa suite au travers de sa compréhension intellectuelle et artistique d’un auteur et de son texte, jusqu’à l’émotion cathartique – cet endroit où le spectacle se joue à l’intérieur de vous et que vous réalisez que vous en êtes le personnage principal.

Le fils de la maison, un adolescent revêche et sombre, une caméra rivée à l’œil, traque dans l’appartement propret les indices d’une souillure, révélant au zoom ce qui est dissimulé avec tant de soin sous l’épais vernis des apparences. Ici, calée au fond de la narine poilue du père, une crotte de nez, sa trivialité. Là, sur le rebord d’un verre propre, une trace de rouge à lèvre, sa sensualité. L’appartement est immaculé mais murs et moquette clairs ne resteront pas intacts. Si Ubu roi, écrit en 1894 par Alfred Jarry ne fait pas dans la dentelle , le Britannique Declan Donnellan a lui prévu un bon budget Ketchup pour raconter l’assassinat du roi Venceslas de Pologne par le Père Ubu et les dommages collatéraux : réformes sanglantes, représailles, complots, batailles. Est-on bien chez le père de la pataphysique? Oui ! Peu soucieux du politiquement correct, le metteur en scène table sur le contraste entre deux mondes, l’un policé, l’autre anarchique. Il effectue des allers-retours entre la société d’aujourd’hui, avec des personnages très BCBG, qui débattent de la qualité du vin et des mérites des légumes bio – et un passé imaginaire où les mêmes convives se transforment en véritables bêtes et machines de guerre.

Comme dans une cour de récréation laissée sans surveillance, les protagonistes sont des polissons livrés à eux-mêmes, qui jouent à la guerre, s’étripent sans vergogne, meurent dans d’atroces souffrances, avant de se relever frétillants comme des gardons. Même pas mal ! Les changements de lumières et de sons sourds font passer du Père Noël est une ordure à L’Exorciste ! Tout est permis. Du bonheur pour les comédiens. On a envie de les interpeller: « Et nous, peut-on jouer avec vous? »

Pour ce spectacle, le metteur en scène s’est une nouvelle fois appuyé sur la troupe avec laquelle il avait élaboré sa première création en français, Andromaque, de Racine, en 2008. Comme s’en expliquait Declan Donnellan, juste avant la création : « Ubu roi est notre deuxième création avec notre troupe française : de même qu’Andromaque, c’est une œuvre qui correspond parfaitement aux talents de ces comédiens. Voilà un aspect du choix. D’autre part, comme Andromaque (et toute grande pièce, d’ailleurs) Ubu roi nous offre un champ d’exploration très ouvert, qui nous permet d’apporter des modifications à notre travail au fur et à mesure de nos découvertes. Nous vivons avec les pièces que nous montons pour de longues périodes dans le cadre d’une tournée, d’où notre souhait de travailler avec une œuvre qui représente un challenge, qui garde en elle cette vitalité que nous désirons récréer ; c’est un travail continu. D’autant plus qu’il existe davantage de similarités qu’on ne croirait entre Racine, bastion de la tragédie du Grand siècle, et Ubu, gamin précoce de l’avant-garde. Les deux pièces traitent, en quelque sorte, de ce qui se passe quand nous nous obstinons à poursuivre des choses que nous voulons, mais qui nous sont refusées. Les deux pièces s’intéressent à ce problème de la civilisation, à notre conception de ce qui constitue le comportement « civilisé », et à notre façon d’agir par rapport à cette structure. Nous voulons tous être civilisés – nous voulons que nos leaders le soient. Mais qu’en est-il des sentiments qui ne rentrent pas dans cette case ? La civilisation exige souvent que ces sentiments soient ignorés, voire niés. Or, il y a un prix à payer pour la civilisation, et ce prix, parfois, c’est la folie.

Toute grande pièce peut avoir des références politiques, contemporaines, d’une manière ou d’une autre ! Ou, du moins, est-il possible de les lire dans cette optique. Mais avant toute chose, ce qui est primordial pour nous, lorsque nous entamons une nouvelle pièce, c’est de nous assurer que le travail soit bien vivant.
Voilà ce que nous recherchons dans un premier temps, que ce soit avec Jarry, Racine, Shakespeare ou Tchekhov. Tout notre travail se crée dans la salle de répétition, avec les comédiens, et notre tâche est simplement de retrouver les expériences fondamentales qui existent au cœur d’une pièce, de leur donner vie.»

————————————————————————————————————————
Distribution
mise en scène Declan Donnellan • scénographie Nick Ormerod • avec Xavier Boiffier, Camille Cayol, Vincent de Boüard, Christophe Grégoire, Cécile Leterme, Sylvain Levitte • associé à la mise en scène Michelangelo Marchese • associée à la chorégraphie et mouvement Jane Gibson • lumière Pascal Noël • compositeur Davy Sladek • vidéo Benoît Simon, Quentin Vigier • costumes Angie Burns • assistance mise en scène Bertrand Lesca • coach voix Valérie Bezançon • régie général Dougie Wilson • régie lumière Vincent Gabriel • régie son Clémentine Bergel • régie plateau Camille Riquier, Jeanne Birckel • habilleuse Marina Aguilar

informations pratiques
Tarif plein 24 € – tarif réduit 19 € – groupe scolaire 9 € – tarifs abonnés 18 € à 6 €
Réservations au 01 34 20 14 14 – www.lapostrophe.net – reservation@lapostrophe.net