Un homme et une femme se retrouvent dans les ruines d’un bar « karaoké ». Une maison abandonnée. Un appartement vide. Tout est blanc. Dévasté. Lui et elle. Dans cet espace clos. Intérieur. Elle et lui. L’un à l’autre. Confrontés. Un homme. Une femme. Une femme. Un homme. L’un à l’autre. Affrontés…
Roman. Le langage veut se faire histoire. Mais il n’y a pas d’histoire. Tout juste le flux continu des mots qui nous assaillent, des idées qui nous hantent, des ombres qui nous poursuivent, des fantômes de l’enfance, des fantasmes de l’adolescence. Notre vie. Comme un roman. Vanité, vanité. Nature morte dans un karaoké. Un homme et une femme cherchent la joie. Souvenirs. Flash-backs. Images d’un passé révolu. L’amour. L’amour fou. La jeunesse. Ou quelque chose comme ça. Dans les ruines d’un bar « karaoké ». Une maison abandonnée. Un appartement vide. Tout est blanc. Dévasté. Il pleut. Il pleut des cordes. À l’intérieur. Il pleut. La pluie lave les paroles. La bave. La pluie lave. Les visages des vivants. Les douleurs. Les retrouvailles. Les séparations. Il pleut. Il pleut des cordes. À l’intérieur. La pluie emporte la blancheur. L’eau coule. Le vide s’efface. Enfin. La pluie découvre les couleurs. Révèle le temps disparu.
Clément Bondu

« Roman »
Texte et mise en scène de Clément Bondu
Mercredi 6 et vendredi 8 novembre à 20 h 30
Jeudi 7 novembre à 19 h

Je meurs d’espoir d’embrasement je meurs je meurs pendu égorgé je meurs mais je ne dis pas notre amour est fini et mort non notre amour est impérissable.
Mahmoud Darwich

Avec Julien Allouf, Hélène Rencurel, Jean-Baptiste Cognet
Musique Jean-Baptiste Cognet – act of beauty
Scénographie et régie Élodie Dauguet
Production L’Impossible et la Comédie de Reims-CDN / coproduction Théâtre 95 /avec la participation du JTN et le soutien de l’Espace Plasti d’Alger

Né en 1988, Clément Bondu écrit principalement pour le théâtre et la musique. Il est cofondateur de La Meute et de L’Impossible, structures avec lesquelles il monte ses textes depuis 2010. De ses nombreux voyages, il tire une série de poèmes qu’il porte régulièrement à la scène avec le compositeur Jean- Baptiste Cognet et le label Music for a train. En 2011, Clément Bondu reçoit l’encouragement du CNT pour sa pièce Idiots, d’après Dostoïevski, mise en espace par Frédéric Maragnani aux Rencontres d’été de la Chartreuse de Villeneuve-Lès-Avignon. En 2012, en résidence à la Chartreuse, il écrit La musique la liberté d’après Baal de Brecht, qu’il met en scène à Paris au CNSAD (atelier de troisième année) et publie son recueil Premières impressions (L’Harmattan), dont deux disques sont nés: Premières impressions (EP, 2011) et Premières impressions # 2 (EP, 2013). En 2013, dans le cadre d’Acte zéro, résidence de la compagnie L’Impossible au Studio de la Comédie de Reims menée de pair avec Julien Allouf, il compose et interprète la musique de Prose du Transsibérien d’après Blaise Cendrars, et présente Roman dans une première étape de chantier. En 2014, Clément Bon- du créera Errances, poème-oratorio-rock, présentera À nos adieux, d’après Hamlet de Shakespeare, et poursuivra l’écriture d’un livret d’opéra intitulé Révolution. Il sera également intervenant au Conservatoire de Lyon (CNR) et au Studio-théâtre d’Asnières.

Algérie News : Votre pièce Roman est une sorte de chronique obsessionnelle dont on n’arrive pas à fixer la portée. Est-elle purement existentialiste ou plutôt liée à l’amour torturé du personnage de l’homme face à la femme impossible ?

Clément Bondu : L’enjeu réside justement dans cette multiplicité thématique qui englobe l’ensemble des questionnements formulés par les deux figures de la pièce, Lui et Elle, dont la pierre angulaire est : comment vivre sa vie ? Sans qu’on sache grand-chose, la pièce débute avec Lui, face à Elle. Ce sont des retrouvailles, on le comprend peu à peu. On est dans un endroit détruit, fantomatique ou rêvé, un lieu de tous les possibles, comme on en trouve chez Antonioni, Melville, ou dans les films de Théo Angelopoulos. Elle, on le comprend aussi peu à peu, c’est une sorte de miroir pour ses fantasmes à Lui, ses projections masculines, égoïstes, angoissées. Elle est comme un personnage de roman, le personnage du roman que Lui se fait. C’est le début du Bleu du ciel de Bataille : « Un peu plus, un peu moins, tout homme est suspendu aux récits, aux romans qui lui révèlent la vérité multiple de la vie.» Pour ça, la structure temporelle de la pièce est heurtée, comme la mémoire, elle fonctionne par à-coups, séquences courtes, flashbacks. Et l’espace dont je parlais est ce lieu vide, vidé, comme une page blanche, où révéler ces tentatives désespérées.

On remarque un contraste entre la volubilité de la pièce et le propos véhiculé dans le prologue qui affirme a priori que les limites du langage sont celles du monde… Peut-on en déduire que la pièce questionne cette impossibilité de vivre sans définir la vie par des mots ?

Oui. Ce sont des mots empruntés à Godard. On serait quelque part entre le poème et la psychanalyse. Tenter de savoir comment on peut se libérer de l’étroitesse de sa vie par la profusion du langage. Pour se rendre compte qu’on a vécu, saisir un peu du passé, et envisager les luttes à venir. Mais ça, d’ailleurs, c’est son problème à Lui. Elle est beaucoup plus forte, concrète, capable de silence. Roman, c’est ma première pièce qui ne soit pas l’adaptation d’un texte préexistant (Dostoïevski, Brecht), alors forcément, c’est un peu autobiographique, c’est un acte de naissance, je me libère, et c’est bien sûr de ma, de notre jeunesse qu’il s’agit. C’est la genèse. Je voulais parler de tout. L’amour, la mort, le désir, l’angoisse. Dans cet état de tremblement. D’une rencontre. Devant quelqu’un qu’on aime. Je voulais sans doute retrouver une forme de candeur. Loin du cynisme désabusé de l’époque.

Roman est donc votre première pièce en tant qu’auteur-metteur en scène. Quelle est votre vision du théâtre tant par rapport à la tendance en France qu’aux références connues de la production théâtrale contemporaine?

En France, il y a depuis plusieurs années une nouvelle vague d’auteurs-metteurs en scène, de collectifs, d’écriture de plateau, dont je me sens proche. Et face à ça, des metteurs en scène de répertoire. Ce qui est très bien aussi, mais qui ne représente pas du tout le même métier, si c’est un métier. De toute façon, au fond, je me fous un peu du théâtre. Ce qui me fait vivre, ce sont les romanciers, les poètes, les cinéastes. Pasolini, Duras, Kateb Yacine, Roberto Bolano, etc. D’ailleurs je fais autant du théâtre que de la musique, comme avec Errances, que je prépare, qui est un truc hybride où je parle et chante pendant une heure et demie, avec huit musiciens qui m’accompagnent. Un peu comme du Ferré dernière période. En tout cas, ça me plaît, ça m’excite. J’ai envie de tout essayer, faire des films, écrire des tas de textes, changer. Je ne sais pas. Voyager. Regarder le visage des gens. Et me rentrer dans le crâne que tout ça, même si c’est important, bien sûr, ça n’est pas non plus la seule raison de vivre.