Ce qui pourrait n’être qu’un pensum politique de plus est ici une matière jubilatoire pour les acteurs grâce à la verve et l’humour des auteurs. Ils s’emparent de ce qu’ils appellent « la langue de l’ennemi », du marketing, des politiques et des slogans tout faits, pour mieux réinventer une langue dont nous sommes pourtant envahis ad nauseam : la langue « mdr » du démocrate, un être menacé d’auto-extinction…

Simon Delétang adapte pour le théâtre cet essai à quatre mains et explore la crise existentielle de l’homo democraticus dans une sorte de catharsis drolatique.

« Définition et objectifs des mecs et des nanas qui se font chier grave et qui ne se sentent plus porté(e)s par des trucs »

Ainsi débute l’un des chapitres du Guide du démocrate, livre aux questionnements urgents et ultra-contemporains. Né de la volonté de réunir deux ouvrages Le Guide du démocrate, d’Éric Arlix et Jean-Charles Masséra, et We are l’Europe, de Jean- Charles Masséra, ce spectacle désopilant met à plat nos pratiques sociales contemporaines contaminées par l’imaginaire marchand. Deux hommes et une femme se font tour à tour procureur, avocat ou cobaye d’une expérience démocratique. La pièce s’appuie sur le livre pour développer une structure dramaturgique, sous la forme d’une soirée type « connaissance du monde »…

« Le guide du démocrate »
D’après Éric Arlix et Jean-Charles Massera

mise en scène de Simon Delétang
Vendredi 13 décembre à 20 h 30

Avec Lise Chevalier, Steven Fafournoux et François Rabette
scénographie Daniel Fayet
lumière David Debrinay
son Nicolas Lespagnol
production compagnie Kiss my Kunst

Interview d’Éric Arlix :
Dans le prologue du livre, vous évoquez le contexte d’un imaginaire post-poli- tique, comme si le ou la démocrate ne vivait plus tellement en «démocratie». Qu’est-ce qui a changé ?

Éric Arlix : La plupart des démocrates sont seuls (même à plusieurs), stressés, flippés de perdre leur emploi ou de ne pas en trouver, endettés jusqu’au cou, sûrs de rien, dépolitisés, en surcharge pondérale, au régime (même sans surcharge pondérale), accros au shopping et au renouvellement incessant de leurs objets « intimes ». Un démocrate 2.0, cette fois-ci bien mondialisé, avec les mêmes pulsions d’achat de Rio à Osaka en passant par Li- moges ou Tolmin, si tout ça n’est pas un changement radical… Ce qui a changé, c’est l’apparition d’une nouvelle culture, une culture mondiale, de facture modeste, faite d’ambitions moyennes, ayant abandonné toute idée d’actions collectives, une culture mondiale atomisante ayant enterré à jamais tout effort de trans-mission des savoirs. Un nouveau monde où les adolescents, le soir, pleurent parce qu’ils non pas eu le tout nouveau smartphone qui est trop bien.