Depuis ce jeudi, une dérogation pour adopter un animal est possible sous certaines conditions alors que des refuges arrivent à saturation en Île-de-France.

Tout a commencé le 05 avril dernier. Inquiètes de voir ses 62 refuges saturés et certaines bêtes euthanasiées, les équipes de la Société protectrice des animaux (SPA) ont relayé un appel pour continuer les adoptions en temps de confinement.

 

 

Un cri d’alarme entendu par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, qui a accordé une dérogation à l’adoption d’animaux dans tous les refuges. Entrée en vigueur le jeudi 16 avril, cette mesure nécessite un protocole plus strict qu’à l’accoutumée. La démarche doit être entièrement digitalisée, l’animal choisi uniquement en photo et le futur propriétaire doit venir seul, muni d’une attestation dérogatoire avec le “motif familial impérieux” coché. 

 

“Nous ne pouvons pas payer les frais vétérinaires sans les adoptions”

Dans le Val-d’Oise, l’Association féline de Cergy-Pontoise (AFELP) accueille cette nouvelle avec soulagement. L’organisation, entièrement bénévole, compte actuellement plus de 140 chats à sa charge et près de 600 en moyenne chaque année. “Sachant que l’entretien de chacun d’entre eux coûte entre 100 et 150€, nous ne pouvons pas payer les frais vétérinaires sans les adoptions”, explique la secrétaire Vanessa Pague. 

 

La démarche dématérialisée imposée par le gouvernement ne bouscule pas les habitudes de l’AFELP. “Nos chats disponibles à l’adoption sont présentés sur notre page Facebook et nous commençons toujours par un entretien téléphonique où nous vérifions que les personnes ont bien réfléchi à tout ce que cela implique”, explique la trentenaire. 

 

En revanche, les bénévoles réfléchissent encore à la logistique pour présenter les animaux. Car la grande majorité des bêtes réside au sein de familles d’accueils, en attendant d’être adoptées. Vanessa Pague souhaite donc vérifier “que chaque famille [soit]équipée pour mettre en place des visioconférences et éviter les contacts physiques avec les adoptants”. Une fois le deal conclu, les animaux pourront être récupérés au refuge dont l’adresse reste inconnue jusqu’à cette étape. 

 

Des critères limités

Parmi le panel de l’association, seule “une dizaine ou une vingtaine” de félins “sociables et bien dans leurs pattes” sont adoptables dans ces conditions, d’après la secrétaire. “Certains chats sont plus craintifs que d’autres et le fait d’être transportés dans une cage puis récupérés par une tierce personne au refuge peut être très traumatisant pour eux”, justifie-t-elle. 

 

 

Estimant qu’aucun de ses 42 chats ne soit suffisamment “adaptables et tous terrains”, le refuge “30 millions d’amis” de Louvres préfère, lui, maintenir sa suspension des adoptions le temps du confinement. “D’ordinaire, les familles viennent sur place et regardent plusieurs animaux avant de trouver le plus compatible avec eux, décrit la directrice, Marie Betton, mais limiter la venue à une seule personne est extrêmement restreint”. De plus, la retraitée, engagée depuis 25 ans dans cette cause, estime avoir suffisamment de places pour les accueillir sans soucis. 

 

Une recrudescence des abandons et des actes de cruauté

Marie Doux constate de plus en plus d’abandons en période de confinement. 

Certains refuges en Île-de-France approchent la saturation. Pour Marie Doux, “c’est parce que beaucoup de personnes ont abandonné leurs animaux de compagnie”. Enquêtrice indépendante sur la maltraitance animale depuis ses 18 ans, la femme de 49 ans a notamment eu à faire “à des personnes jetant leurs chiens du bord de la fenêtre par peur d’avoir le Covid-19”. Elle déplore également de plus en plus de pattes brûlées à cause d’un nettoyage à l’eau de javel par certains propriétaires. 

 

Ces actes de cruauté seraient en hausse, alors que “10 dépôts de plaintes sont prêts dès la fin du confinement”, prévient-elle. L’association Stéphane Lamart, très active dans la protection des animaux, se portera partie civile.

 

Celle qui est également bénévole de l’association Cats&Co à Coubert (77), tient à rappeler que “les animaux ne sont pas porteurs du Covid-19” et qu’il n’y a donc “aucune raison de les abandonner”.